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Chapitre de Joseph


Le cortège était immense. La colonne était longue. Des chars, des chevaux, des bœufs, des ânes… Tous les adultes de la famille étaient là. Ils retournaient en Egypte, chez eux maintenant. Mais Joseph était triste. Et ses frères étaient tristes aussi. Parce qu’ils revenaient de Makhpela. Ils étaient en grand deuil. Ils venaient d’enterrer leur père Jacob. Ils l’avaient enterré à Makhpela, suivant son désir, aux côtés de son père et de son grand-père. Abraham, Isaac et Jacob gisaient maintenant ensemble. C’étaient les aïeux. C’étaient les patriarches.

Ah ! Quelle longue histoire ! Au pas lent de son cheval, Joseph avait tout le temps de se la remémorer. Il était fier de sa vie, Joseph ! Il avait toujours été intelligent. Plein de chance, aussi, faut dire. Mais il pensait que la chance, il fallait la provoquer. Fallait mettre tout son cœur dans ce qu’on entreprenait, et on finissait par réussir. Avec la chance. La chance qu’on provoquait soi-même. C’était un peu compliqué dans sa tête, à Joseph, mais il comprenait bien la part de chance qu’on avait ou pas dans sa vie. Mais il pensait qu’il fallait qu’on se donne entièrement à ce qu’on voulait quand on voulait quelque chose. Et la chance finissait par arriver. Ou pas.

Pour Joseph, elle était arrivée. C’était un grand psychologue, Joseph. Il analysait bien ce qui se passait dans la tête des gens. Il analysait les pensées des gens. C’était un psychanalyste. C’était aussi un bon gestionnaire, Joseph. Il savait gérer les domaines, les terres, les fortunes. Il gérait le pays d’Egypte. C’était le ministre de Pharaon. Il prévoyait même les bonnes années et les mauvaises. Les années grasses, les années de croissance et les années maigres, les années de famine. C’était un nouvel économiste, Joseph.

Ca avait commencé il y a bien longtemps. Il était jeune, alors Joseph. Ses frères étaient jaloux de lui. Joseph était le préféré de leur père Jacob car c’était le fils de la femme qu’il aimait, Rachel. Rachel avait eu encore un fils, Benjamin, donc son vrai frère à lui, Joseph, et elle était morte après l’accouchement. Son frère n’avait pas connu leur mère et Joseph avait été très triste à la mort de sa mère et il s’était bien occupé de son frère Benjamin.

Ses demi-frères avaient voulu le tuer de jalousie. Ruben, l’aîné de tous, s’était interposé et ils l’avaient finalement vendu comme esclave à une caravane d’Ismaélites qui passait par là. Les Ismaélites l’avaient emmené en Egypte et vendu comme esclave à Putiphar, le chef des gardes égyptiens. Très vite, Putiphar comprit que Joseph était doué et intelligent. Il savait gérer et commander du personnel. Et de fait, la maison de Putiphar était devenu prospère sous le commandement de Joseph. Putiphar ne s’occupait plus de rien. Il laissait faire Joseph. Il était si doué, Joseph ! Il était beau, aussi, Joseph ! Quelle beauté ! Les femmes se retournaient sur lui.

Trop beau, même ! Au point que la femme de Putiphar - cette pute - elle avait essayé de coucher avec lui et lui, Joseph, il avait pas voulu. Il avait la confiance entière de son maître et il ne voulait pas trahir cette confiance. Alors elle était allé raconter que Joseph avait essayé de la violer. Non, mais ! Si elle s’était vue ! Elle avait au moins vingt de plus que lui. En plus, il n’avait jamais eu envie d’elle. Elle était moche, cette pute !

Mais bon. Putiphar, il avait cru sa femme et il avait mis Joseph en prison. Et ben, croyez-le ou pas, même en prison, il était devenu le chef ! Le gardien de la prison l’avait promu chef des prisonniers et c’est lui, Joseph, qui avait géré la prison. Celle-là, c’était la meilleure ! Quand il se souvenait de ça, Joseph ne pouvait pas s’empêcher de sourire. Le chef des prisonniers. Il avait été très fort. Chef des prisonniers !

Et puis, sa réputation s’était étendue au-delà de la prison et un jour, Pharaon avait convoqué le prisonnier hébreu qui savait si bien lire les rêves et qui était si bon gestionnaire. On prit Joseph, on le rasa, on l’habilla, on le fit venir devant Pharaon. Quelle richesse ! Quel faste ! Assurément, tous les rois du pays de Canaan dont il avait entendu parler étaient des petits chefs de tribus primitives à côté du roi d’Egypte !

Donc, on lui dit que Pharaon avait eu un songe et que personne, même les grands prêtres d’Egypte ne parvenaient à l’expliquer. Il comprit facilement le songe de Pharaon. Sept vaches grasses suivies de sept vaches maigres ! Enfantin ! Il dit à Pharaon qu’il allait y avoir sept années d’abondance suivies de sept années de sécheresse. Que si on ne voulait pas la famine pendant les années de sécheresse, il fallait mettre de côté un cinquième des récoltes des années grasses.

« Pourquoi un cinquième et pas un septième ? » Il commença à expliquer qu’il fallait mettre un septième dans chaque ville pour l’avoir à disposition sur place, mais que le reste, il fallait que Pharaon le garde lui-même parce que les pays voisins allaient eux aussi avoir la famine, et qu’ils viendraient demander du blé aux Egyptiens qui en avaient mis de côté, et que… « Ta ta ta ! » coupa Pharaon « tu expliques si bien ce qu’il faut faire que c’est toi qui vas le faire. » Et il avait donné à Joseph le commandement de tout le pays d'Égypte, et il avait ôté son anneau de sa main, et il l’avait mis à la main de Joseph. Il l’avait revêtu d'habits de lin fin, et lui avait mis un collier d'or au cou. Il l’avait fait monter sur le char qui suivait le sien, et l'on criait devant lui : « A genoux ! » Il était devenu le Premier Ministre d'Égypte.

Il sourit de sa réussite. C’est vrai qu’il avait eu de la chance. Mais bon. Il l’avait méritée, aussi… Et c’est arrivé comme il l’avait dit. Il y avait eu sept années d’abondance et on avait mis largement de côté les récoltes et était arrivée comme prévu la sécheresse. Et après deux ans de sécheresse, les pays voisins étaient venus acheter du blé. Joseph avait organisé les distributions pour les villes par les Egyptiens eux-mêmes, mais c’était lui qui s’occupait de la diplomatie avec les autres pays.

Et un jour…

Et un jour, il avait vu arriver ses dix frères. Ils venaient du pays de Canaan acheter du blé. Ils étaient dix. Il manquait son frère Benjamin. Il les reconnut tout de suite. Mais eux ne le reconnurent pas. C’est vrai qu’il était méconnaissable dans ses habits de luxe égyptiens. Et qu’il avait vieilli aussi. Ses traits n’étaient plus ceux de l’adolescent qu’ils avaient vendu comme esclave mais ceux d’un homme mûr, en pleine possession de ses moyens. Il joua avec eux : « Vous êtes des espions ! » Ils dirent que non. Qu’ils étaient douze frères, que l’un était mort dévoré par des bêtes sauvages, et que le plus petit, leur père Jacob l’avait gardé avec lui. Ils finirent par avouer que leur père, après la mort de leur frère Joseph ne leur faisait plus confiance et qu’il avait craint pour Benjamin.

Alors Joseph les avait renvoyés chez eux avec tout le blé qu’il leur fallait et en plus sans les faire payer. Mais il avait gardé un frère en otage. Il avait exigé qu’ils reviennent avec le jeune frère. Ce qu’ils firent. Et il avait fini par se dévoiler auprès de ses frères qui se prosternèrent à ses pieds. Et il les avait envoyé avec une magnifique escorte chercher leur père Jacob et tous les enfants et toute la famille.

Soixante dix ils étaient, sa famille, quand ils sont venus en Egypte. Il les avait installés à Goshen. La terre était belle là-bas. Il avait demandé la permission à Pharaon, qui ne lui refusait rien à Joseph. Comme il était tombé dans les bras de son père ! Comme ils avaient pleuré tous les deux, de joie et d’émotion ! Son père se faisait appeler maintenant Israël. Parce qu’il avait combattu avec l’Homme de Dieu et qu’il avait gagné. Joseph ne comprit pas grand chose à son histoire mais il appela son père Israël, comme il le demandait.

Et Pharaon avait voulu voir le père de Joseph et c’était son père Jacob qui avait béni le Pharaon. Devant tous les prêtres ! Et personne n’avait rien dit parce qu’il émanait de la personne de Jacob effectivement une grande aura. Les dieux d’Egypte ne faisaient pas le poids.

Et voilà. Jacob avait vécu dix sept ans en pays d’Egypte. Joseph venait le voir souvent. Ils tombaient toujours dans les bras l’un de l’autre. Les Hébreux étaient heureux en Egypte. Le Premier Ministre, Joseph lui-même, les protégeait bien.

Et voilà. Son père était mort. Il avait béni d’abord chacun de ses fils. Chacun suivant ses mérites. Et il avait demandé à être enterré à Makhpela.

Et voilà. Ils l’avaient enterré à Makhpela, comme il l’avait demandé. Joseph s’était absenté avec la permission de Pharaon et il revenait maintenant auprès de Pharaon et ses frères revenaient maintenant chez eux, à Goshen.

Et voilà.

Ils étaient tristes.

Ils venaient de perdre leur père.

C’est normal.