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Récit d’Abraham


Abraham se terrait sous la tente. Il avait peur. Ses mains tremblaient. Ses jambes tremblaient. Ses lèvres tremblaient. Son corps entier tremblait. Il avait à la fois chaud et froid. Il avait à la fois la fièvre et il grelottait. Il n’en pouvait plus. Il pensa qu’il aurait préféré mourir que de faire ce qu’il devait faire. Mais quoi ? C’était donc infini, cette souffrance ? Il y avait pas de limites ? C’était ça. No limit ! C’était un Dieu sans limite, SansNom.

Il se rappela les dieux de son enfance. Son père, Térach, fabriquait et vendait des statues. Ou plutôt son père fabriquait les statues et lui, Abraham ( Avram ! Il se souvint qu’il s’appelait Avram, à l’époque ) et donc, lui, Avram, les vendait. Il aimait bien le commerce, Avram. Mais il n’aimait pas vendre les statues. C’étaient les statues des dieux, et il n’aimait pas les dieux. Ses parents lui disaient : « Fais pas ci, fais pas ça ! Les dieux ne le veulent pas ! ». Tout le temps. « Fais pas ci, fais pas ça ! Les dieux ne le veulent pas ! » Il en avait eu marre, Avram. « Fais pas ci, fais pas ça ! Les dieux ne le veulent pas ! » Il avait cassé toutes les statues. Il avait détruit tous les dieux. Et quoi ? Les dieux allaient lui dire comment vivre, comment manger, comment s’habiller ? Ca le faisait rigoler à Avram, de voir des vieux de soixante ans prier des statues qui avaient été fabriquées la veille par son père.

Quand son père était mort, il était parti de Charam. Il avait voyagé, Avram, beaucoup voyagé ! Avec sa femme et Loth, son neveu. Ils étaient allés à Sichem, à Béthel, en Egypte. Puis, ils étaient retournés à Béthel. Enfin, Loth partit pour Sodome et Avram pour Hévron. Après avoir libéré Loth fait prisonnier par des méchants rois à Damas, il reçu la visite de SansNom. SansNom lui promettait tout le pays pour lui. Pour lui et sa postérité… Mais il n’avait pas d’enfants ! Et il avait quatre vingt cinq ans ! Alors, comme c’était peut-être sa femme Saraï qui était stérile, il essaya avec Agar, la servante. Et voilà, Agar lui avait donné un fils, Ismaël. Mais quand il a eu quatre vingt dix neuf ans, SansNom était apparu et ça avait été toute une histoire. Il fallait qu’il se coupe le bout du zizi et de celui de tous les garçons. C’était une alliance entre le peuple d’Avram et SansNom. D’ailleurs, il ne s’appellerait plus Avram mais Abraham et Saraï elle allait s’appeler Sara. Et elle allait lui donner un fils. Abraham tomba sur sa face ; il rit, et dit en son cœur : « Naîtrait-il un fils à un homme de cent ans ? et Sara, âgée de quatre-vingt-dix ans, enfanterait-elle ? » Et Sara aussi, elle avait ri.

Comme SansNom voyait qu’ils riaient, il dit : « Tu appelleras ce fils ‘Isaac’ - ‘Il-rira’.

Alors Abraham il s’était coupé le bout du zizi, il s’était circoncis. Et il avait circoncis son fils Ismaël qui avait treize ans et tous les domestiques mâles. Il habitait à Beer Sheva. C’était joli, Beer Sheva. Ca s’appelait comme ça parce qu’il avait donné sept (Schéva) brebis pour la possession du puits (Beer) qu’il avait creusé. C’était important, un puits, dans ce pays.

Et puis, Sara se disputait tout le temps avec Agar. Il ne savait pas quoi faire. Et quand Isaac est né, c’était encore pire, les disputes. Une femme, c’est difficile, mais alors deux ! Chacune voulait être sa favorite et mettait en avant son fils. Abraham, il les aimait tous les deux, ses fils. Ismaël et Isaac. Mais SansNom avait dit que sa postérité serait dans Isaac, le fils de Sara. Et lui, Abraham, il avait circoncis son fils Isaac à huit jours, comme SansNom lui avait dit de le faire.

Et alors, il avait dit à Agar qu’il valait mieux pour tout le monde qu’elle parte, elle et son fils Ismaël. Il valait mieux, sinon ça allait finir mal, et les gosses se disputeraient tout le temps et même ils pourraient s’entretuer. Sinon eux, du moins, leurs descendances…

Et alors, Agar elle était partie avec Ismaël, et elle avait habité en Egypte et il savait, parce qu’il prenait toujours des nouvelles, c’était son fils aussi quand même Ismaël, qu’ils allaient bien et qu’Ismaël allait se marier. Avec une Egyptienne. Il espérait qu’Ismaël ait de nombreux fils.

Et alors…

Et alors, SansNom lui avait demandé quelque chose de terrible, quelque chose de terrifiant. Il lui avait demandé de sacrifier son fils. Il lui avait demandé de tuer Isaac, la chair de sa chair.

Dire que jeune, il était en colère contre les dieux de son père qui lui répétaient « Fais pas ci, fais pas ça ! » Il avait maintenant un Dieu terrible, un Dieu Unique, mais quel Dieu ! Comment peut-on vouloir la mort d’un enfant ? Il se le demandait souvent, ça. Il était le chef d’un grand peuple, maintenant, et il y avait beaucoup d’enfants malades qui mouraient. Il se demandait toujours pourquoi SansNom avait décidé de faire mourir des enfants. Il y avait beaucoup de mal dans ce monde. Abraham se demandait toujours pourquoi SansNom avait créé le monde comme ça. Avec le mal. Mais il n’avait jamais osé poser la question à SansNom. D’ailleurs, c’était toujours SansNom qui parlait. Lui, Abraham, n’avait que la force de balbutier « oui, Seigneur ».

Il l’avait vu, la force de SansNom, quand les deux messagers étaient arrivés chez lui. Il les avait bien traités, Abraham, les messagers. Et eux, ils lui avaient dit qu’il était gentil et que son peuple était gentil. Mais que son neveu, Loth, il était allé habiter dans un lieu de perversion et de mal. De grand mal. Et ils allaient de ce pas avertir Loth et lui dire de s’en aller de Sodome. S’en aller sans se retourner. SansNom allait détruire Sodome et même Gomorrhe.

Et il avait vu, Abraham. Il avait vu, deux jours plus tard, monter de la terre une fumée, semblable à la fumée d'une fournaise. Et pourtant, c’était loin, Sodome. Ca avait du être terrible, là-bas. Il espérait que personne ne s’était retourné, les messagers ils avaient dit qu’il ne fallait pas se retourner. On était punis.

Mais qu’était-il en train de faire, là maintenant, Abraham, tremblant sous sa tente ? Il se refaisait le film de sa vie. A quoi ça servait ? Il fallait voir en avant. Il fallait construire l’avenir. D’accord, SansNom lui avait demandé l’impossible. Il était allé sur le mont Moriah’ sur son ordre. Entre parenthèse, que c’était beau, ici ! Abraham imaginait très bien une grande ville, avec même un autel à la gloire de SansNom. Et même un temple, tiens !

Et il avait trouvé le rocher. Le rocher. Il était magnifique. Bien lisse, bien grand. Magnifique. Il avait ligoté Isaac dessus, mais SansNom avait arrêté son geste et il lui avait donné un bélier à sacrifier. C’était une épreuve. Une épreuve ? Mais ça faisait rire personne, ce genre de chose ! Quelle idée ! Et pourquoi SansNom voulait-il tout le temps les mettre à l’épreuve, les hommes ? La vie n’était pas assez dure comme ça ?

Il voyait Isaac jouer avec un arc qu’il s’était fabriqué. Le pauvre gamin ! Il ne s’était aperçu de rien peut-être. Il n’avait pas compris ce qui avait failli lui arriver. Abraham regarda ses mains. Elles tremblaient bien moins déjà. Ses jambes allaient mieux aussi. Il se leva. Il se racla la gorge pour s’affermir la voix et dit :

« Isaac, on redescend ! On va à la maison ! On retourne à Beer Sheva ! »