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La Suissesse

 

L'été 1971, l'été torride s'achève. Mi décembre arrive un groupe de Suisses. Majorité de filles. Ca, j'aime !

Attention, n'allez pas croire non plus que je piquais une fille à chaque groupe. Que je mangeais à tous les râteliers. Des fois, il y avait des groupes où aucune fille ne me plaisait. Non. Là, je triche un peu avec vous. Je devrais dire où aucune fille ne voulait de moi. Oui. Plutôt. Parce que je n'étais pas le seul dans la course, hein ? Nous étions deux groupes de vingt, venus à une année d'écart. Moi, j'étais venu le premier du premier groupe. J'étais arrivé en juin 68, le reste de mon groupe en septembre 68 et le deuxième groupe en septembre 69.

J'étais donc de loin, le plus ancien. Et croyez vous que j'ai fait valoir mon droit d'ancienneté ? Que nenni ma bonne dame. Oui. Vous avez raison. Si je m'en étais targué, les copains ils m'auraient tous ri au nez !

Oui. Bon. C'est vrai que je n'étais pas le plus beau de tous. Mais je me démerdais pas mal quand même. Alors ? Ce groupe de Suisses ? Oui, j'y arrive. Ouah ! Ils sont là pour un mois ! Y a de quoi faire !

Y en a une, elle m'a tapé dans l'œil. Un peu ronde, mais pas trop. Brune aux cheveux longs. Yeux noirs. Teint blanc. Et jolie comme tout. Toujours en sourire quand ce n'est pas en rire. Agnès, elle s'appelle. Nous faisons connaissance. Je crois que lui plais aussi. On tourne autour l'un de l'autre. L'une de l'autre. J'aime bien ce moment de la drague. Quand on voit que ça va marcher, mais qu'on fait durer le plaisir. On fait durer le désir.

L'autre n'en devient que plus désirable. Et puis, c'est le soir de Noël. Je ne sais plus ce qu'on a fait ce soir là pour fêter Noël, mais je me rappelle qu'on a fini la soirée dans mon lit. Oh ! Comme c'était bon !

Elle s'appelait Agnès, elle était de Berne, donc Suisse Allemande. Elle parlait pas mal le français. Avec des fautes de genre adorables. Oui, qui a dit que le soleil, source de toute vie, était masculin, et la lune féminine, hein ? En allemand, c'est le contraire. Et c'est plus logique. Die Sonne. Der Mond. La soleil. Le lune. Et tout à l'avenant...

Elle avait quatre ans de moins que moi. Ce qui lui faisait 17 ans. Jeune. Très jeune. Elle était partie parce que chez elle, c'était un peu dur en famille. Sa sœur aînée souffrait d'anorexie et les rapports entre elle et le père étaient conflictuelles. Alors, on avait envoyé la petite sœur en vacances pour un mois, histoire de prendre l'air ailleurs.

Elle avait 17 ans, elle était jeune. Mais elle n'était pas vierge. Oh non ! Elle ne m'a pas tout dit, mais elle avait eu pas mal d'aventures déjà. Avec un Sandro. Avec un Hector. C'est comme ça qu'elle avait fait la connaissance de Brassens. Les copines lui chantaient "la femme d'Hector".

Mais on se plaisait vraiment. Vraiment. J'étais en train de tomber amoureux. Et je crois bien qu'elle aussi. Quand le terme de son séjour approcha, elle annula son billet de retour après avoir demandé au kibboutz si elle pouvait rester plus longtemps.

Et le groupe de Suisses partit. Et elle resta avec moi. Elle habitait avec moi. Ca ne coûtait rien au kibboutz. Elle cueillait les abricots. Moi, je travaillais à la bergerie. Mais j'allais bientôt finir mes six mois de "vacances" de l'armée. Finie la période du kibboutz ! On repartait au front.

Et là, l'horreur ! J'étais versé pour six mois dans les canons. La lie de l'armée. Fini le Nah'al et son élite. Pourquoi les canonniers ? Question sans réponse. Je me retrouvais avec des soldats analphabètes, des soldats bas de profil. Qui chantaient à tue tête Mike Brand. "Laisse moi t'aimer, toute oune nouiiiit ". Ca a été une période dure. Où je comptais les semaines, les jours. Pas les heures, mais presque.

Mais je revenais en permission au kibboutz un samedi sur deux, et je retrouvais Agnès. Agnès mon amour. Mon amour d'Agnès. Car c'est décidé, on s'aime !

Sauf que...

Sauf que...

Une fois, revenant en permission au kibboutz, des copains disent vouloir me parler. Ils ont l'air grave. On s'installe chez l'un d'eux. Voilà. Le week-end passé, ils ont fait une excursion avec les volontaires. Il y avait le groupe de Suisses et d'autres aussi. Et Agnès s'est affichée avec un Américain, s'embrassant, se pelotant au vu de tous. Ils en avaient eu honte pour moi.

Un déluge s'abat sur moi. Agnès est sortie avec quelqu'un ! Ce n'est donc pas l'amour que je croyais ! Le soir même, je lui parle. Elle fond en larmes. Oui, elle est sortie avec un mec, un américain, mais elle regrette. C'est moi qu'elle aime... Grosse dispute. Violente dispute. Elle retourne habiter chez les volontaires.

Dans la nuit, elle vient, éplorée. Elle a une marque au poignet. Elle s'est coupé le poignet. Oh, pas les veines, non ! juste quelques gouttes de sang... Mais elle est tellement triste, elle paraît tellement sincère que je lui pardonne et qu'on s'embrasse et qu'on se remet ensemble.

La suite me prouva que j'avais eu tord peut-être.

Et peut-être pas quand même, car elle est la mère de mes deux garçons...

Mais ça, c'est une autre histoire...