le blog'notes

 

le Blog'notes de Charlot du 13

 

les laskar

 

Charlot du 13

 

L'ouverture de ce blog-notes
Mes aventures avec l'administration
Mes aventures avec la maladie
Pages éparses de ma mémoire
Moi, sexygénaire
Mes amours, mes emmerdes
Cinquante ans
Morenica
Régine
Here comes the sun, Mag's
Ouh là là ! Quelle nuit !
En cachette, en grande cachette
La Suissesse
Françoise de l'Afpa
Hélène
Atelier d'écriture
Diverses élucubrations
L'ancien testament
Les Evangiles au XXIème siècle
Vos commentaires
 
Hommage au vrai Charlot
 
Mais oui, vous êtes sur un site des
LASKAR & CO
Morenica

 

Quand j'arrivais au kibboutz, j'étais seul. J'étais seul et je m'apercevais lentement que Danielle ne me manquait pas tant que ça. J'étais seul et je m'apercevais tranquillement que Danielle ne me manquait pas du tout. J'étais seul et je m'apercevais simplement que je ne l'aimais pas. Ou plus. Cette histoire avait vraiment cassé le lien qui nous unissait. Avait cassé mon amour pour elle.

Il se passa quelques mois.

Et une fille du kibboutz, une Sabra, un Cactus comme on dit, vint me voir et discuter avec moi. Elle était un peu plus jeune que moi. De quatre ans. Quatre ans, ce n'est rien comme différence d'âge dans un couple, hein ? Je dirais presque que c'est une différence d'âge normale pour un couple.

Oui, mais...

Oui, mais quand on a dix huit ans... Quand on a dix huit ans, ça veut dire qu'elle en a quatorze !

Mais ça, je n'en ai pas eu conscience tout de suite. Ca n'a été qu'après, après les menaces. Pour l'instant, je la trouvais jeune bien sûr, mais tellement... comment dire ? Tellement en avance pour son âge. C'est elle qui m'a draguée. C'est elle qui m'a fait du gringue. C'est elle qui m'a fait la cour. C'est elle qui m'a séduit.

Elle était jolie, Nourit la Sabra. Une pure Yéménite. C'est dire si elle était brune ! Plus brune que brune ! Sheharhoret. Ma Sheharhoret. Ma Noiraude. Ma Morenica.

 

Hébreu :
Shecharchoret
Yafyafit kol kach
Einayich eish bo'eret
Libi kulo shelach

Latino :
"Morenica" a mi me yaman
yo blanka nasi
I del sol de l'enverano
yo me ize ansi.
Morenika, grasiozika sos,
tu morena i yo grasiozo
i ojos pretos tu


Noiraude
tellement jolie
Dans tes yeux une flamme brûle,
Mon cœur entier est à toi


Ils m'appellent morenica (brune/noire)
Mais je suis née blanche
Grâce au soleil d'été
Je suis devenue comme ça.
Morenica, gracieuse,
Toi, morenica, ma gracieuse,
Avec tes yeux noirs.

Et on s'est retrouvés une nuit en cachette dans ma chambre. Parce qu'elle faisait le mur de l'école. Au kibboutz, l'école est un internat. Elle s'est littéralement jetée sur moi, m'a déshabillé et m'a fait lui faire l'amour. S'est faite dépuceler. Je crois qu'elle a eu mal, elle a serré des dents, mais n'a rien dit. Et en a redemandé. Encore et encore.

On s'entendait très bien. Il faut dire qu'on ne se voyait que la nuit, en cachette, et pour faire l'amour. Quand on se croisait le jour, on faisait semblant de ne pas se connaître particulièrement.

Et ça a duré des mois. Des mois et des mois. Et puis, je suis parti à l'armée. Et pendant mes permissions, on a commencé à s'afficher en public. Et ça a commencé à jaser. Mais elle n'avait plus quatorze ans, elle en avait quinze et demi. Et on rigolait, nous deux. S'ils avaient su, il y a un an et demi, quel scandale ! Et puis, un vieux m'a pris à partie : Si tu continues avec elle, je vais porter plainte à la police pour détournement de mineure. Il faut dire que le vieux (au moins quarante cinq ans, hein ?) avait une fille dans la même classe. Mais moche, moche, la pauvre ! Elle ne risquait rien !!!

Et les parents de Nourit m'aimaient bien. Elle m'avait présenté comme son "petit ami". Ils n'avaient rien contre. Elle Yéménite de souche, lui Belge (ce n'était pas son père biologique, c'était le second mari de sa mère). Ils étaient très sympathiques et je passais le chabbat après-midi avec la famille quand j'étais de permission au kibboutz.

Après les classes, nous fumes transférés à Nah'al Yam. Car on faisait l'armée dans le corps du Nah'al.

Le Nah'al. Un corps d'armée prestigieux et sympathique. Fait de volontaires étrangers. Descendant du Palmah'. L'élite de la Haganah, l'ancêtre de Tsahal. Ouf ! Vous ne comprenez rien ? Normal ! Moi aussi, je peux m'amuser avec les sigles. Comme les instits. et tous les enseignants. Et tous les fonctionnaires. Et tout le monde maintenant. Aïe, ces sigles !

Bon je reprends. Pour vous, hein ?

Nah'al, ben, c'est un corps d'armée composé essentiellement de jeunes des kibboutzim. Le mot Nah'al est l’acronyme hébreu pour "jeunesse pionnière combattante". Le Palmah', acronyme de Plugot Maḥatz, littéralement, "unité de choc", est le nom d'une des forces paramilitaires juives sionistes de Palestine mandataire. Faisant partie de la Haganah, qui signifie "défense" en hébreu, la Haganah est l'ancêtre de l'armée israélienne actuelle dénommée Tsahal, acronyme de "Armée de défense d'Israël". Si vous voulez, la Haganah se situait à gauche sur l'échiquier politique pro-indépendance, et le Likoud, qui prônait la violence contre les civils britanniques, à droite. Et le Palmah' était à la gauche de la gauche.

Ouf !

Et Nah'al Yam, c'était magnifique ! Un camp militaire, militaire mais pas trop, c'était une future implantation dans le Sinaï, à exactement mi-chemin entre Gaza et le canal de Suez. On y faisait de la pêche essentiellement. Mais, moi, j'étais le responsable de l'élevage – poules et chèvres. Quels bons souvenirs de Nah'al Yam il m'est resté par la suite.

Nourit vint me voir à Nah'al Yam. On a passé un chabbat à faire l'amour jusque dans le poste de garde, face à la mer. Cette mer ! Jamais je n'ai vu depuis de mer aussi belle. Sauf peut-être à Nuweiba. Mais n'anticipons pas.

Six mois. Nous sommes restés six mois à Nah'al Yam. Vers la fin des six mois, j'ai eu une permission pour aller en France au mariage de mon frère. Et là, à mon retour, Nourit me dit, Nourit me dit, Ben c'est fini entre nous. C'était la première fois que je me faisais jeter par une femme. Et pas la dernière...