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le Blog'notes de Charlot du 13

 

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Biba la Tune

 

Il crevait de chaleur. Il était assis depuis dix minutes dans le bar. « Bar-restaurant de la Goulette » disait l’enseigne. Une enseigne toute neuve, en néon. Ca devait s’éclairer la nuit. Peut-être même en couleurs. Il ne le reconnaissait plus, mais le bar avait le même nom qu’avant...
Il crevait de chaleur. Il avait envie d’une bière. Oui, une bière bien fraîche avec de la buée sur le verre. Il vit enfin arriver la serveuse. Et là ! Il sentit sa tête tourner. C’était bien Biba la brunette qui arrivait vers lui, un plateau à la main ! La ptite Biba, la belle Biba, comme dans son souvenir. Mais comment cela est-il possible ? Il regarda furtivement sa main. Peau ridée, taches de vieillesse, doigts déformés de rhumatisme. Oui, il avait bien son âge, soixante dix ans et des poussières... Alors ? un miracle ? ou bien ?
La belle Biba était arrivée près de lui. De près, on voyait bien qu’elle avait vingt ans à tout casser. Peut-être même dix huit. Le même âge que lorsqu’il l’avait connue.
- Monsieur ?
- Dites-moi, mademoiselle, vous ne connaîtriez pas une Biba?
- Oui, c’est moi. Je m’appelle H’aviva mais tout le monde m’appelle Biba.
- Ah ! et votre mère s’appelle Biba aussi ?
- Non, elle s’appelle Michèle. Elle est en cuisine. Vous la connaissez ?
- Non, je ne crois pas. J’ai connu une Biba ici il y a longtemps qui vous ressemblait comme deux gouttes...
- Ah ! Elle éclata d’un rire en petites clochettes. C’est ma grand-mère ! Elle s’appelle aussi Biba et je suis son portrait craché !
- Ah ! Et elle est ici aussi ?
- Non, elle habite Marseille.

 

Non. C’est pas bon. Commencer par la fin, c’est pas intéressant. Tue le suspense. Tue l’intrigue.
Il prit la feuille de papier, la roula en boule et la jeta par terre.
Il prit une page blanche.

 

 

 

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Il avait froid. Il était assis depuis dix minutes dans le bar. « Bar-Restaurant du Vieux Port » disait l’enseigne. Une enseigne toute neuve, en néon. Ca devait s’éclairer la nuit. Peut-être même en couleurs.
Il avait froid. Il avait envie d’un café ou d’un thé bien chaud. En attendant son rendez-vous. Il attendait Biba. Sa Biba. L’amour de sa vie. Qu’il n’avait pas vu depuis vingt ans. Mais à qui il pensait sans cesse. Depuis vingt ans. Et il en avait quarante maintenant... Il savait qu’elle était mariée à Michel. Mais il savait aussi que ce mariage battait de l’aile. Il avait peut-être enfin une chance !

 

Non. C’est pas bon. Commencer au milieu, c’est pas mal. Ca laisse du suspense pour la fin, mais le lecteur est pris à partie en direct au milieu de l’histoire et c’est difficile de lui faire comprendre l’intrigue et les caractères.
Il prit la feuille de papier, la roula en boule et la jeta par terre.
Il prit une page blanche.

 

 

 

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Il avait vingt ans, habitait à Tunis et passait l’été à la Goulette. Il essayait de voir la belle Biba le plus possible. Mais sans l’embêter. Sans la harceler. Il était fou amoureux d’elle mais elle... elle... Elle s’en fichait de lui. Elle n’avait d’yeux que pour le beau Michel. Michel l’intellectuel, Michel le politique.

 

Non. C’est pas bon.
Il ne savait pas par quel bout prendre cette histoire. L’histoire de sa vie. Son Histoire. L’histoire qu’il n’avait jamais vécu mais à laquelle il avait pensé sans cesse. Tous les jours de sa vie. Sa vie avec Biba qu’il n’avait pas vécu.
Il prit la feuille de papier, la roula en boule et la jeta par terre.
Il se leva pour réfléchir.

Et par terre, les boules de papier commençaient à se rapetisser, à se rabougrir, petites boules, petites boulettes, petites billes puis plus rien. Lui même se sentait flou. Il se sentait comme dans du brouillard, comme dans du coton, la pièce tournait autour de lui. De plus en plus vite, de plus en plus vite. Puis plus rien. Il n’existait tout simplement plus.
Et la chambre commençait à sombrer dans le noir, dans le vide, dans l’oubli... Et les astres se désagrégeaient.
Et la terre était tohu-bohu. Il y avait des ténèbres à la surface de l'abîme, et l'esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux...

Et Dieu ne dit pas : Que la lumière soit !
Et la lumière ne fut pas...

Biba n’a jamais existé.
Et d’ailleurs personne n’a inventé l’écriture...