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le Blog'notes de Charlot du 13

 

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Charlot du 13

 

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Dans la religion juive, la communion -appelée Bar-Mitzva- doit se faire impérativement à l'âge de 13 ans et un jour. pour moi, non. je l'ai faite à 14 ans. je sais pas pourquoi. Bof. moi, je m'en fichais déjà...

Je ne sais pas exactement pourquoi, mais mes parents ont laissé passé une année et j'ai fait ma Bar-Mitzva à 14 ans, en 1964 donc. Faut dire qu'arrivés d'Algérie en 62, la situation financière était très dure pour mes parents, et ils ne devaient pas avoir d'argent en 63 pour organiser cette fête. Qui, pourtant, fut quelque chose de très modeste ; à la maison, sans chichis, avec des plats faits par l'ensemble de la famille.

Les cadeaux, pareil.

Très modestes. A part une magnifique montre que j'ai gardé très longtemps et qui se remontait toute seule en remuant le poignet (t'avais pas intérêt à oublier de la mettre ou à dormir trop longtemps), le gros cadeau que j'ai eu était : un VELO !

Bon, d'accord, un vélo d'occasion. Oui, d'accord aussi, c'était toute la famille de ma mère qui s'était réunie pour me l'offrir. Mais c'était mon premier vélo. Vous avez entendu, les gosses ? MON PREMIER VELO ! OUI ! à 14 ans !

Ca fait drôle, maintenant, hein ? A l'époque où on reçoit son 1er vélo à l'âge de 3 ans au plus tard, ses portables -ordi et téléphone- à 12 ans, un djeunn normal de 14 ans se bat pour avoir un cyclo ou un scooter...

C'était un "routier". Avec des pare-chocs, une lumière qui me permettait de rouler la nuit, 2 grosses sacoches. Un guidon que j'adorais, guidon de course, recourbé, mais avec les freins non pas sur les bords extérieurs comme les vélos de course où on doit se penche pour freiner. Non, les freins étaient sous l'axe central, ce qui me permettait de me tenir droit. Et surtout, surtout, il avait 21 vitesses ! 3 plateaux et 7 pignons !!! Quel luxe !

La peinture blanche était toute écaillée, mais le cadeau comprenait un petit pécule pour acheter de la peinture. je le repeignais tout de suite. En blanc, parce que ça me plaisait et ça aurait fait trop de raccords pour changer de couleur.

Je m'en servais tout le temps. J'allais maintenant souvent au lycée à vélo. Je faisais près de 2 km quand même, et 4 fois par jour, à pied jusqu'alors. Mais surtout, je partais les jeudis, samedis et dimanche en promenade avec mon ami Jean-Luc. Pour en revenir aux trajets d'école, quand je vois maintenant -là, je fais le petit vieux- tous ces parents qui s'arrêtent en voiture DEVANT l'école... Tant pis pour eux ! ils perdent l'occasion de parler aux autres parents ! Ils perdent l'occasion de plein de rencontres, tous enfermés dans leur voiture ! Bah ! ils se retrouveront sur Facebook ! (sourire ironique, mais triste)

Jean-Luc habitait sur le même palier. C'était pratique pour se voir. Il avait un an de plus que moi. Et il était matheux. (il a fait plus tard Centrale). Il m'aidait pour les maths, je l'aidais en Français. Mais surtout, surtout, nous échangions nos bouquins. Il avait -le grand veinard- un Solex ! Comme nos parents n'aimaient pas nous voir enfermés tout le temps en train de lire, nous partions tous les 2 dans la campagne trouver un endroit au vert pour nous installer confortablement et ... lire.

C'était souvent dans la campagne d'Aubagne. A l'époque, il n'y avait pas encore d'autoroute. Un petit coup de Nationale (fallait faire gaffe, mais il n'y avait pas autant de circulation que maintenant) et on trouvait tout de suite des petites routes. La région était remplie de champs, de maraîchers, de forêts. On avait plein d'endroits préférés pour lire. Maintenant, si j'allais à ces endroits là, je serais à Auchan ou Carrefour ...

Ca devait être rigolo de nous voir, Solex et vélo de conserve. Dans les côtes, je me tenais à lui. Mais il devait pédaler, même avec son moteur. Et dans les descentes, il mettait le solex en roue libre, et je lui donnais de l'élan, car le vélo était beaucoup plus rapide que le solex dans les plats et les descentes.

Mais bon, on faisait pas des centaines de kilomètres, hein ! On s'installait très vite sur un coin d'herbe pour lire. Qu'est-ce qu'on lisait ! Ca m'impressionne encore ! Tout notre argent de poche y passait. Je me rappelle les prix de l'époque. Collection Poche, bien sûr, il n'était pas question d'acheter des livres récents. De toute façon, c'était les classiques qui nous intéressaient. Les XIXème et XXème siècle. Il m'a fait lire tous les Thibault de Roger Martin du Gard. Moi, c'était surtout les Rougon-Macquart d'Emile Zola. et puis la Comédie Humaine de Balzac.

Et plein d'autres encore. Je crois que j'étais capable de réciter par coeur la liste des auteurs parus en livre de poche.

 

Nous discutions beaucoup. des livres. de la politique -pas de la politique actuelle, mais des grandes idées de civilisation- de philo aussi. Lui, c'était Sartre, moi, Camus. Après, quand j'ai découvert Boris Vian, je me rappelle que je me moquais de son Jean-Sol Partre ! Mais combien de discussions sur l'existentialisme !

 

Je n'ai aucune idée de ce que les jeunes de 15-16 ans lisent actuellement.

Si ils lisent.

Pourtant, nous avions tous les deux la télévision à la maison. Mais je n'ai pas de souvenirs de nombreuses soirées devant la télé. Mais combien de souvenirs de soirées, de nuits passées devant un livre. Et mon père qui criait de son lit : "Et cette lumière ! éteins maintenant !!!" Bien sûr, je découvrais vite les bienfaits de la lampe de poche cachée sous les couvertures. Ca vous rappelle quelque chose, à vous ?

Je me souviens exactement des prix des livres de poche de l'époque : 2F le volume simple, 3,40F le double et 5F le triple. Je prenais le catalogue poche à chaque changement, et je l'épluchais de A à Z en passant par Steinbeck, Huxley, et tant d'autres ...

Et puis, il y avait aussi les disques, bien sûr. La musique qui prenait de plus en plus de place dans ma vie. Mais c'était un grand luxe de me payer un 45 tours. C'était à l'occasion de Noël, de mon anniversaire...

Je découvrais le Jazz grâce à mon frère, le classique par des amis. Mon frère Jacques était très avancé et cultivé en Jazz, il m'a fait découvrir Miles Davis, John Coltrane et plein d'autres. Moi j'aimais bien le Jazz chanté. Ce fut ma grande époque Ray Charles, puis Louis Armstrong, Ella Fitzgerald...

C'est marrant. Autant j'aimais les voix en Jazz, autant je détestais le classique chanté. J'avais horreur des voix d'opéra. J'écoutais religieusement l'ouverture de la Flûte enchantée de Mozart, mais coupais immédiatement après.

Heureusement, mes goûts ont bien évolués maintenant. Les opéras de Mozart (oh ! le mariage de Figaro !), mais aussi les chants baroques -oh la Bartoli !- et Jaroussky (merci Gérard et Monique de me l'avoir fait découvrir)... sans oublier mon fanatisme pour le Klezmer !

Je remercie la vie de ma rencontre avec Jean-Luc mais aussi avec ces dizaines (centaines ?) de personnes qui m'ont fait découvrir de nouvelles choses, de nouvelles idées, de nouvelles oeuvres d'art.

Ma vie ne doit sa richesse qu'à ces rencontres.

Encore maintenant.