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le Blog'notes de Charlot du 13

 

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Charlot du 13

 

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Des bateaux ...

 

Jusqu'à l'âge de 12 ans, j'ai vécu à Alger. Et pourtant, je connais très peu l'Algérie car nous passions les vacances invariablement en métropole, invariablement sur la Côte d'Azur et invariablement à Nice.

Il faut dire que mon père y avait fait son service militaire (avant la guerre de 39), et il devait en avoir de très bons souvenirs. Un qu'il racontait volontiers était qu'en tant que secrétaire du général (excusez du peu), il avait l'occasion de fabriquer des (fausses) permissions. Et il avait comme compagnon le chauffeur du général, chauffeur prénommé Jacques, qui était le fils du maire de Nice ! Oui ! C'était Jacques Médecin ! Pas étonnant qu'il ait réussi à convaincre mon père, pourtant par ailleurs tellement honnête que c'était trop ! Jacques Médecin, élu bien plus tard maire de Nice à la mort de son père, et bien plus tard réfugié en Uruguay pour ne pas purger des peines de prison pour ... fraudes ! Bref, le chauffeur prenait la voiture avec fanion du général, mon père prenait 2 fausses permissions, le planton les saluait à la sortie de la caserne et... là, il a toujours été très discret ...

Donc papa adorait la région. et nous, nous n'étions pas mécontents de passer nos journées sur la plage de Juan les Pins et de manger tous les soirs au restaurant dans le vieux Nice généralement.

Tout ça pour vous dire que jusqu'à l'age de 12 ans, j'ai pris le bateau aller-retour Alger-Marseille presque chaque année. C'était soit le Ville d'Alger, soit le Ville d'Oran. La traversée durait 24 heures. C'était génial ! Tout petit, je me tenais sur le pont à côté de papa qui fumait une pipe et qui m'expliquait la mer, le courant, le bateau, les hélices...

Nous préférions le Ville d'Alger. Il était plus grand (ah? je ne sais pas), mais c'était le bateau de Notre Ville !

Ce sont des souvenirs adorables.

Surtout pour maman qui passait invariablement toutes les traversées à vomir...


18 ans. Après une lutte assez âpre contre mes parents, avec quand même entre autres une magnifique TS ratée –ratée bien sûr, sinon, qui serait là à vous seriner ses bêtises d’antan ?- ratée, parce que j’avais trop largement dépassé la dose prescrite d’Optalidon que j’avais fauché à ma mère, et que j’avais dû tout régurgiter lors d’un lavage d’estomac aux urgences. Mais cela avait fait fléchir mes parents qui voulaient –avaient-ils tort ?- me voir passer "le bac d’abord". Et maintenant je me retrouvais à bord du Théodore Herzl, magnifique paquebot ZIM, en tant qu’immigrant voguant vers Israël.

A l’époque, la majorité était à 21 ans, et l’enjeu de la lutte avait été de me faire émanciper, c’est à dire avoir les droits de la majorité à 18 ans. Je vous avais pas encore dit que j’ouvre le chemin à plein de gens ici-bas ? ah bon ? Alors, vous verrez que j’ai inauguré les licenciements économiques en masse dus à la mondialisation quand on ne connaissait pas encore le mot. Et c’est de moi que vient le mot "précarité" dès 1991. si, si. Mais c’est une toute autre histoire.

Bon, en 1968, j’étais majeur à 18 ans. Oui, 1968, ça vous dit quelque chose ? En juin 1968, j’embarquais pour Israël alors qu’à la maison m’attendait la convocation pour le bac. C’est con, hein ? J’avais l’unique raison de rater le bac de ce fameux millésime : je serai pas là ! Je vous dis pas que je ne l’ai pas regretté plus tard. ça non. mais j’avais, comme on dit, l’inconscience de la jeunesse.

Pourquoi cette furieuse envie de partir me demandez-vous ? j’avais une conscience politique assez forte (déjà !?!) et je rêvais d’une société purement égalitaire et donc j’avais décidé que la France, même après mai 68, ne pouvait m’offrir le rêve que me dessinait le kibboutz. Le kibboutz. c’est là que je voulais faire ma vie. une vie de vraie liberté, égalité, fraternité…

 

Et donc, j’étais là, sur le bateau encore au bord du quai, qui faisais signe d’au revoir gaiement à mes parents, mon frère et ma sœur, alors que ma mère était en pleurs… J’avais quand même lutté contre une mère juive, c’est pas rien, hein ?

 

 

Le bateau était rempli -une centaine de personnes ?- de touristes et surtout d’immigrants. Tout ce joli monde dansait la Hora sur le pont au son de Hava Naguila.

Le voyage fut fantastique. Même lors du fameux pas de Corinthe, lorsque tout le monde fut malade, et que nous nous sommes retrouvés moins de 10 à table, et que les garçons voulaient nous forcer à manger la ration de 100 personnes, en nous disant : "mangez, mangez, c’est le meilleur moyen de ne pas être malade !!"

Peut-être était-ce dû au fait que j'avais 18 ans, que je partais de chez mes parents vivre MA VIE, peut-être parce que ce voyage était une traversée, le fait est que j'en garde un souvenir ébloui.


Plus de 40 ans après, au moment de l'age de la retraite, j'ai voulu essayer de revivre ces impressions et je me suis inscrit à une croisière. Je voulais aller dans un endroit tout à fait nouveau, où je n'étais jamais allé. Ce fut donc une croisière dans l'Atlantique sud : côte du Maroc, iles Canaries.

Bien sûr, le fait qu'une croisière est par définition une boucle, qu'on revient donc au point de départ était dommage pour mon projet, mais dans l'esprit, c'était un passage quand même.

Je ne vous cache pas que l'ambiance était complètement différente, que je m'y sentais déplacé. Pourtant, il faut se réjouir que tous les touristes vont au même endroit, cela nous laisse tout le reste ! Ils étaient tous au casino ou aux activités organisées. Tant mieux !

 

Moi, je profitais de ce moment privilégié pour faire le vide en moi. Rester le soir sur le pont avec 360° d'horizon ! Quel bonheur ! Sur près de 1000 passagers, nous nous retrouvions régulièrement 3 à 4 sur le pont. Ca, c'est un souvenir fantastique ! Je retrouvais les sensations de ma jeunesse : être sur un bateau loin de toute rive en vue, c'est être dans un espace-temps différent, c'est un temps de non-temps, un temps entre-deux...

Et ne serait ce que pour ces moments là, ça valait la peine...