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CINQUANTE ANS

 

Cinquante ans. Tu aurais cinquante ans ou presque aujourd'hui. Oui. Tout ça s'est passé il y a cinquante ans. J'en avais dix sept. J'avais dix sept ans et j'étais tellement, follement, tellement follement amoureux !

Elle aussi.

Danielle.

On découvrait l'amour elle et moi. Tout était nouveau pour nous. Nous découvrions tout. Nous découvrions la vie. Nous découvrions l'amour. Nous découvrions le sexe.

C'était il y a cinquante ans. En 1967. La préhistoire politique. La peine de mort ? Une réalité. La contraception ? Un rêve, ou alors Ogino. L'avortement ? Un péché mortel. Un crime passible de la loi. L'éducation sexuelle ? Une utopie.

On avait dix sept ans et on s'aimait. On découvrait notre amour. On découvrait l'amour. On ne connaissait rien à rien. On apprit à s'embrasser. Ah ! Le premier baiser où nos bouches se sont ouvertes, où nos bouches se sont rejointes. Mais nos langues n'ont pas bougé. On ne savait simplement pas. Les premières caresses timides et maladroites.

Pour compliquer la chose, on était en janvier, et on était emmitouflés de pulls, de manteaux, d'écharpes. Comment caresser les cheveux d'une fille qui a un gros bonnet sur la tête ? Comment caresser le dos d'une fille qui a trois, quatre couches de vêtements ?

On voulait s'aimer, mais on ne savait pas comment. On savait vaguement quoi. Et d'ailleurs, l'instinct faisait son travail. L'instinct nous tenait la main maladroitement mais on arrivait peu à peu à découvrir par nous mêmes les gestes, les caresses, les baisers.

Mais comment faire ? Plus exactement, où faire ? On n'avait que la rue pour nous. Sous un porche. Dans une petite ruelle. Mon frère aîné avait loué avec des amis une chambre de bonne. Pour ça. Une garçonnière. Eux, ils avaient plus de vingt ans. Mon frère était majeur. Il avait vingt et un ans. Un adulte. Moi, adolescent, dix sept ans, je sais maintenant que j'étais un enfant.

Nous y aillâmes, Danielle et moi, un jeudi après midi. pas de classe le jeudi. Oui, on était encore au lycée, bien sûr. L'après midi. Parce que le soir, la nuit, pas question ! Avec les parents !

Nous nous déshabillâmes. Nous nous découvrîmes. Nous découvrîmes nos corps. C'était la première fois que l'on voyait le corps de l'autre sexe.

Quelle merveille ! Quelle joie ! Quel bonheur !

Nous nous allongeâmes . Nous nous caressâmes. Nous nous aimâmes.

Pas question d'aller au bout. Elle était vierge et devait le rester. Pas de pénétration. Pas question. Nous nous caressâmes, nous frottâmes nos sexes l'un contre l'autre et nous jouîmes alors.

Quelle merveille ! Quelle joie ! Quel bonheur !

Quelques semaines après, le malheur. Les règles ne venaient pas. Danielle ne savait pas comment me le dire. On ne dit pas ces choses là. On ne parle pas de ces choses là. A la place des règles, c'était Toi qui arrivait ! Toi, mon grand !

Un spermatozoïde plus vif que d'habitude. Pour nous, il était clair que sans introduction, pas de grossesse possible ! Bref, un spermatozoïde plein de vitalité s'introduit de sur son ventre vers son pubis, puis vers son vagin. Et là, un ovule plein de désir le prit, le choisit, et … Te voilà, toi ! Mon grand !

Quelle rage de vivre tu avais ! Quel désir ! quelle force ! quelle vitalité ! Parcourir un chemin si long, si sinueux pour vivre, pour exister, pour ÊTRE !!!

Alors, panique ! Que faire ? Complètement démunis, elle alla voir un médecin inconnu qui confirma le pronostic : elle était enceinte !

Il ne fallait surtout pas que son père sache !

A l'époque, pas d'IVG officielle bien sûr ! La seule issue était une avorteuse, une faiseuse d'ange… Mais où trouver l'argent ? J'allais voir mon cousin James. Lui seul, avait les moyens financiers de nous aider et lui seul serait assez discret. Il accepta sans réserve. Il savait que l'on ne pourrait pas le rembourser.

Elle obtint une adresse par des collègues de l'école et nous voilà un après-midi, cours Lieutaud, moi en bas l'attendant et elle chez cette femme.

Elle revint défaite : elle m'a dit : "Quel fainéant, votre copain ! Il ne vous a même pas dépucelée ! Moi, je ne peux rien faire comme ça. Revenez quand vous ne serez plus vierge !"

J'avais réussi le coup de Joseph ! J'avais rendu une vierge enceinte ! Mais je n'en était pas du tout fier. Fainéant !!! c'est pas par manque de désir que je ne l'avais pas dépucelée ! Mais là n'était plus la question. Il fallait faire vite !

Je redemandais la clé de la chambre de bonne à mon frère. Il ne posa pas de question. Je devais avoir l'air complètement paniqué.

Et nous voilà, un jeudi après-midi, montant discrètement au dernier étage, le bonheur en moins.

Cela aurait pu être une fête ! cela aurait pu être une cérémonie tendre et grave, ou bien joyeuse. Ce fut un désastre !

D'abord, nous ne savions pas comment nous y prendre. Puis, le contexte gâchait tout, bien sûr. Nous étions là pour un acte para-médical, pas pour un acte d'amour.

Elle eut mal. Elle cria. Elle n'eut pas de plaisir. Moi non plus. Cet orgasme que j'ai eu, je le ressentais comme une douleur dans mon ventre faisant écho à la sienne.

Je l'accompagnais quelques jours plus tard au cours Lieutaud. J'attendis de nouveau en bas. Au bout de quelques temps, (une heure, deux, je n'en sais rien) elle descendit, défaite. Elle saignait. Elle avait mal. Mais c'était fait…

Elle m'a dit : "Quel beau garçon !"

Pourquoi cette femme a-t-elle éprouvé le besoin de révéler le sexe ? Pourquoi a-t-elle éprouvé tant de haine, pourquoi a-t-elle émis tant de moquerie ? Pourquoi avait-elle besoin de la faire souffrir ? de nous faire souffrir ?

Je raccompagnais Danielle chez elle. Elle prétexta des règles douloureuses. Elle resta allongée 2 jours. Je ne vins pas la voir.

Nos rencontres ne furent plus pareilles. Plus question de nous "tripoter" Même nos baisers n'étaient plus les mêmes. Cette histoire nous avait démolis, avait démoli notre couple, notre amour.

Quelques temps après, je partis à l'étranger. J'appris bien plus tard qu'elle s'était mariée et avait eu trois enfants. Je fus soulagé de savoir qu'elle n'avait pas eu de séquelles physiques.

Mais toi ? toi qui avait tellement envie de vivre, toi, mon grand garçon ? Tu as fini comment ? Tu as fini où ? dans une poubelle ?

Je ne crois pas en Dieu. Je ne crois pas à une quelconque forme de vie après la mort, mais peut-être que quelque part, dans un ailleurs, dans un toujours, il reste quelque chose de toi…

… de toi, Mon Grand !

Mon Grand de cinquante ans...