le blog'notes

 

le Blog'notes de Charlot du 13

 

les laskar

 

Charlot du 13

 

L'ouverture de ce blog-notes
Mes aventures avec l'administration
Mes aventures avec la maladie
Pages éparses de ma mémoire
Moi, sexygénaire
Mes amours, mes emmerdes
Atelier d'écriture
Diverses élucubrations
le fils du Rav
la collecte
il voyait !
la vieille dame
la cigale et la fourmi, V 2009
L'ancien testament
Les Evangiles au XXIème siècle
Vos commentaires
 
Hommage à Jo-Vy
 
Hommage au vrai Charlot
 
Mais oui, vous êtes sur un site des
LASKAR & CO
la vieille dame

 

Comme chaque après-midi, elle était assise à la table de la salle à manger. Elle écoutait la radio. Ca lui faisait une compagnie. Des comiques parlaient. Des rires fusaient. Elle souriait aux rires préenregistrés. Elle ne comprenait pas tout. Certaines blagues lui échappaient. Elle n’entendait plus très bien maintenant. Ca lui faisait une compagnie.

Elle aimait sa radio. Elle était fidèle, sa radio. Ils l’avaient déjà du temps de l’autre. L’autre, celui qui était parti. Treize ans déjà. Elle n’en revenait pas. Treize ans déjà qu’il était mort. Ses affaires étaient encore présentes dans l’appartement. Elle ne s’était jamais résolue à jeter ses vêtements, ses chaussures. Dans l’armoire, son étagère était encore pleine de flacons de son eau de toilette. Il avait toujours eu peur de manquer. Alors, il faisait des réserves. Eau de toilette. After shave. Eau de Cologne. Il avait toujours aimé sentir bon.

Jamais elle ne les touchait. Une fois, au début. Quand il était mort depuis quelques semaines, elle avait débouché un flacon. Pour sentir son odeur. Pour le retrouver. Elle avait mis du temps à s’en remettre. Une douleur pointue dans le cœur et dans le ventre. Elle avait titubé jusqu’au fauteuil. La tête bouleversée. L’odeur, c’est riche en souvenirs et en émotions. Elle ne devait jamais toucher ces flacons. Personne ne devait toucher ces flacons. Ses affaires. C’était à lui. Il était encore là. Chez lui.

Elle aimait sa radio. Elle l’écoutait tous les après-midi. En attendant que quelqu’un - peut-être - vienne la voir. Lui tenir compagnie. Une heure ou deux. La radio. La télévision l’avait lâchée depuis quelques mois. Ou plutôt c’était elle qui avait laissé tomber la télé. Elle n’y voyait plus assez. Les derniers temps, elle devait se coller contre l’écran. C’était fatiguant et on ne voyait pas toute l’image. DMLA. C’était ça qu’elle avait. DMLA. Ca se guérissait pas. Pas encore. Elle ne verrait jamais la guérison. Pas de son vivant.

Quatre vingt quinze ans ! Elle avait quatre vingt quinze ans ! Elle-même n’arrivait pas à le croire. Elle en était fière. « Quand je lui ai dit que j’avais quatre vingt ans, à la marchande de légumes, elle ne m’a pas cru. Elle a appelé son employée. » « Madame me dit qu’elle a quatre vingt ans ! » « Oh, c’est pas possible ! » « Oh, vous vous trompez ! » Elle raconte encore cette histoire quinze ans après. Elle ne voit plus la marchande de légumes. Elle ne voit plus grand monde. Elle ne sort plus. Elle attend les visites. Ses deux fils. Sa fille. Ses petit fils…

Heureusement qu’elle avait sa famille ! Que ferait-elle sans ses enfants ? Elle avait toujours aimé la famille. Elle avait toujours vécu pour la famille. Elle même était la dernière de sept enfants. La dernière née. La dernière vivante aussi. Elle était la seule rescapée de ses frère et sœurs. La prochaine. Ils étaient tous partis dans l’ordre des naissances. Ils avaient respecté l’ordre. C’était bien. Ce serait à elle maintenant. Mais elle tenait bon. Sa fille lui faisait les courses et le ménage. Mais c’était elle-même qui cuisinait. Elle avait toujours cuisiné dans sa maison.


C’était pas lui qui aurait pu prendre sa place à la cuisine, à l’époque ! Il ne savait rien faire. Si. Des œufs sur le plat. Pas plus. Elle avait toujours aimé cuisiner. Oh, maintenant, un fond de pâtes dans une casserole, ça lui faisait deux repas. Une casserole de riz, deux ou trois repas. De toute façon, elle n’avait pas faim. Mais elle se forçait à manger. Ses enfants lui répétaient : « mange ! ». La docteur aussi. « mangez ! » Alors, elle mangeait. Mais bon. Sans grand appétit.

« Ca va… ». C’était son mot. Quand on lui téléphonait, elle commençait souvent par une plainte de douleurs. Mal à la tête. Mal au ventre. Mal aux jambes. Mais après, prise dans la conversation, elle finissait par dire « ça va… » d’un ton un peu chantant, résigné et fataliste. « ça va… ». Et c’était vrai. Ca allait. Pour son âge, comme elle disait. C’était surtout un mal à la solitude qu’elle avait.

Des fois, elle se rendait bien compte que son cerveau marchait tout seul. Que voulez-vous ? A force de rester assise à la chaise, le corps emprisonné par l’âge, le cerveau s’échappait. Elle imaginait des discussions avec des gens. Une fois, elle avait inventé une dispute avec son gendre. Le problème, c’était qu’après, à force, elle n’arrivait plus à distinguer le vrai du faux. Le rêve de la réalité. Ca avait fait une histoire, cette fois-là ! Et malgré les dénégations de son gendre « Mais jamais je parle de ces choses-là ! », elle croyait dur comme fer qu’ils s’étaient disputés.

« Les grosses têtes ». Le nom de l’émission, elle se rappelle. Mais le nom des humoristes, elle n’arrive pas. Il y en avait eu un, il était resté très longtemps. Maintenant, c’était un de la télé, mais elle ne se rappelle plus son nom. Bénichou. C’est le seul nom qu’elle se rappelle. C’est un nom de chez elle. Chez elle. Les souvenirs refluent à grande vitesse. Son enfance revient maintenant plus présente.

Son enfance.

Quatre vingt quinze ans.

 

 


 


Parse error: syntax error, unexpected ',' in /home/clients/4c8e9f293113794b8f58b65ba6fba00c/web/charlotdu13/Htm5Playlist/vu/Player.php on line 36