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Aujourd’hui on a plus le droit
ni d’avoir faim ni d’avoir froid
aujourd’hui on a plus le droit…

Cette vieille rengaine tournait dans sa tête depuis ce matin. Il était posté, vêtu de son gilet rouge « restos du cœur » dans le grand couloir du centre commercial, entre les caisses et la sortie.

Il avait fait plusieurs postes ce matin dans la collecte des restos. Ceux qui consistaient soit à pousser les caddies pleins des caisses vers le centre de tri soit à trier les produits dans celui-ci avaient le gros avantage de bouger en vrai et de ne pas piétiner sur place, ce qui lui gonflait les jambes. Mais leur inconvénient était d’être seulement techniques. Non, lui, ce qu’il aimait, c’était le contact avec le public, les gens…

Alors l’un des deux postes restants était de se positionner à une entrée. Il tendait un petit flyer et un sac blanc, proposant de participer à la grande collecte de printemps. Il y avait plusieurs sortes de gens. Ceux, bien sûr, et ils étaient nombreux, qui acceptaient en souriant. Il y avait ceux qui acceptaient d’un air grave, soucieux de la situation des précaires. Il y en avait qui venaient vers vous vous demander le sac. Même plusieurs fois, ils en voulaient deux.

Et puis, il y avait ceux qui vous répondait énergiquement « Non ! ». Il y avait même eu « Ah non ! Ah ça alors, surtout pas ! ». Bon. Ce n’était pas le moment de discuter, mais il aurait aimé un peu savoir pourquoi. Et il y avait ceux qui ne vous voyaient pas. Vous aviez beau venir vers eux, leur tendre le petit sac, faire des sourires, ils ne vous voyaient pas. Vous vous mettez face à eux ? Ils tournent la tête de l’autre côté, s’intéressant soudainement à la promotion de Numéricable.

Ceux-là, ils les supportaient mal. Il préférait de loin ceux qui refusaient franchement. Il y en avait eu une, ça lui avait fait de la peine : « Ah, mais non. Pas cette année. Hélas ! ».

C’était un quartier populaire. Très populaire. Bon. Soyons nets : La plupart des gens ne roulaient pas sur l’or. Certains étaient habillés en jogging, des tennis aux pieds, parfois des vêtements un peu sales. Ce n’étaient pas forcément ceux-là qui refusaient. Parfois même, ceux-là lui prenaient le sac alors qu’il les voyait, suivant leur habillement, être plutôt du côté de la distribution…

Ah mais c’était intéressant, ça, comme poste. Il y en avait eu deux, elles étaient revenus du parking après avoir posé leurs courses dans leur voiture, elles s’étaient aperçu qu’elles avaient oublié de donner leur sac plein. Elles étaient revenues vers l’accueil en s’excusant. C’était drôle.

Mais ce qu’il avait préféré, c’était le poste où il était maintenant, dans le grand couloir du centre commercial, entre les caisses et la sortie. Là, les gens venaient vers lui pour lui tendre leurs sacs pleins. Oh, il y en avaient, c’était juste un paquet de pâtes à cinquante centimes. Ca ne faisait rien. Chacun donnait ce qu’il voulait. Surtout ce qu’il pouvait.

Ils avaient choisi le passage où le couloir se rétrécissait. Ils avaient à cet endroit un poste privilégié pour accueillir les gens. Il y en avaient, sans doute ceux qui ne vous avaient pas vu à l’accueil, qui ne vous voyaient pas. Là, il ne bougeait pas. Il ne venait pas vers les gens leur proposer quelque chose. Non. Il était debout. Il se contentait d’attendre et de regarder. Avec un petit goût pervers, il s’était mis un moment en plein milieu du passage, obligeant les gens à faire un détour d’un mètre. Et il les regardait. Mais qui était-il pour juger ?

Il arrêta ce petit jeu et se contenta de se poster sur le bord, à côté des caddies. C’était, en plus d’être plus discrets, plus commode pour mettre les produits dans les caddies. Ils faisaient un pré-tri : - les pâtes, riz, farine, huile.. - les conserves - la droguerie - les bébés

C’était bizarre comme les gens choisissaient les produits. Ceux qui avaient des petits gosses donnaient des produits pour bébés. Il y en avait, ils se concentraient sur le propre : dentifrices, brosses à dents, savons, shampoings… Ceux qui aimaient les pâtes donnaient des pâtes, ceux qui aimaient le riz donnaient du riz. Il y en avait eu un. Un chinois. Il avait apporté une dizaine de portions de nouilles chinoises cuisinées. C’était rigolo.

Mais le moment qu’il aimait le plus, c’était quand il voyait arriver la personne avec son caddie. Il repérait tout de suite le petit sac blanc dans le caddie. Celle-là arrive avec un tout petit sourire de complicité. Au fur et à mesure qu’elle approche, son sourire grandit. Quand elle arrive, elle vous tend bien haut le sac : « Voilà ! » Oh ! Ce voilà ! Il y a tout dans ce voilà. Vous dites : « Merci ! » Elle vous répond : « Merci à vous ! » Vous dites : « Bonne journée ! » « Merci ! Bonne journée à vous aussi : » Et quand elle s’éloigne, vous remarquez qu’elle a pris quelques centimètres de plus. Elle se tient bien droite. Fière.

Vous êtes content pour elle. Et pour vous. Parce que, disons le franchement : pourquoi vous êtes-là, vous ? Hein ? Vous aussi, vous aviez un peu envie de vous sentir fier, hein ? Ben, c’est gagné. Et en plus, vous avez le sentiment pas seulement d’être content de vous, mais aussi d’avoir donné aux autres l’occasion d’être fiers d’eux.

Et ce ne sont pas des sourires parfois gênés de quelqu’un qui donne à quelqu’un qui reçoit. Parce que dans ces cas-là, les deux personnes sont gênés. Celui qui reçoit parce qu’il est arrivé à une telle déchéance, et celui qui donne par empathie avec cette déchéance.

Non.

Ce sont des sourires francs et sans ambiguïté.

Ce sont des sourires de celui qui donne à celui qui donne.


 

 


 


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