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le Blog'notes de Charlot du 13

 

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Charlot du 13

 

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Eugénie était née le 10 septembre 1883 dans une famille bourgeoise de la rue St Ferréol à Marseille. Son père tenait une maison d’édition. Est ce qu’on peut en déduire que son enfance fut bercée par les livres et la lecture ? Je vais vous décevoir. Elle avait deux ans de plus que son frère Jacques, et pourtant ce fut lui qui fit des études supérieures. Elle, elle s’arrêta au certificat d’études. Ce fut Jacques qui suivit des études littéraires et aussi un peu de comptabilité afin de succéder à son père. Elle, elle apprit la couture et la cuisine. La broderie aussi.

A dix neuf ans, on la fiança à Charles, un armateur qui habitait sur le Vieux Port, à côté de la mairie. Charles était gentil. En moins de six ans, elle lui fit trois filles. Le scandale ! Trois filles ! Et le garçon, alors ? Qui allait reprendre la société ? Eugénie n’en avait cure. Ses trois filles la remplissaient de joie. Estelle, Suzanne et Yvette étaient les enfants les plus adorables du monde.

Charles était gentil. Trois ou quatre fois par an, il l’amenait à l’opéra. Leur seule sortie régulière en famille était la messe du dimanche. Elle s’habillait soigneusement et elle habillait leurs filles soigneusement. Il fallait faire honneur à Charles. Que faisait Eugénie de ses journées ? Elle avait toujours de quoi faire. Bien sûr, la maison était tenue par les domestiques. Mais il fallait veiller sur eux, donner les menus, midi et soir, à la cuisinière, surveiller le ménage. Elle ne s’occupait pas d’argent. C’était Charles qui payait les factures et les employés. Elle n’avait pas de droit de regard sur les comptes. Elle même n’avait pas d’argent. Les femmes en l’an 1900 n’ont pas le droit d’avoir un compte en banque. Vous ne saviez pas ?

Quand elle voulait quelque chose, elle n’avait qu’à le demander à Charles. Ah ! Charles ! Il avait son propre univers. Quand elle avait voulu s’intéresser à l’entreprise, il lui avait fait visiter lui même le magasin pendant une heure. Mais elle n’avait rien compris à son fonctionnement. "N’importe, avait-il dit, c’est mon travail à moi. Toi, tu t'occupes de la maison et des enfants. C'est bien assez"

Tous les jeudis soirs, il allait à la loge. C'était son frère à elle, Jacques, qui l'avait fait rentrer chez les Francs Maçons. Jacques et Charles ! En voilà deux qui faisaient bien la paire ! Ils se débrouillaient pour monter à Paris pour le travail. Jacques devait rencontrer des auteurs, des imprimeurs, Charles des fournisseurs. Mais ils en revenaient l'œil coquin et les conversations pleines de sous entendus. Ah mais ! Ils en avaient bien le droit ! Folies Bergères, Moulin Rouge, elle imaginit tout ce qui pouvait les attirer à Paris. Ah mais ! Ils en avaient bien le droit ! C'était des hommes après tout.

Elle, Eugénie, n'avait le droit de rien. Bien sûr, il lui était arrivé de rencontrer des hommes qui lui avaient fait des sensations dans la poitrine. Dans le ventre aussi. Mais quoi ! Il ne fallait pas y penser. "N'y songe même pas, ma petite" se disait elle. Elle ne voulait pas jeter l'opprobre sur son mari, sur ses filles, ses parents. Elle était une femme sérieuse. Mais elle avait décidé quelque chose. Et elle n'en démordrait pas.

Toute sa jeunesse, elle n'avait lu que les livres qu'on lui destinait. Lectures très filtrées par un père qui lui avait mis comme livre de chevet le biographie de Sainte Beuve. Mais sa belle sœur Marie, la femme de Jacques, lui avait donné des livres de George Sand. Elle n'avait pas compris tout de suite que c'était une femme. George, quel drôle de nom pour une femme, non ? Puis elle lui en avait fait découvrir d'autres. Anna de Noailles, Marguerite Audoux. Ce début du XXème siècle était un bonheur, une magnifique floraison de femmes écrivains.

Quelques années plus tard, Marie l'amena, en cachette bien sûr, à une réunion de suffragettes. Là, elle apprit qu'il y avait des femmes qui se battaient pour l'égalité des sexes. L'égalité des sexes ! Ca ne lui était jamais venu à l'esprit. Elle enrageait maintenant de ne pas avoir fait d'études comme son frère. Oui. Les choses changeaient. On était au XXème siècle, que Diable ! On voyait des filles étudier les sciences, les arts, le commerce.

Alors, oui ! elle avait décidé quelque chose. Et elle n'en démordrait pas.

Ses trois filles allaient faire des études supérieures. Elle en avait déjà parlé à Charles et elle avait bien senti que son argument principal l'avait fait vaciller. Qui reprendrait l'entreprise familial ? Allait on laisser des gendre inconnus prendre le contrôle de la société ? Non. Le pouvoir sur l'entreprise devait rester dans la famille. Et comme il n'y avait que des filles, alors, ce serait des filles !

Mais dans son for intérieur, elle savait bien que ce n'était pas la raison principale.

Elle ne voulait pas que ses filles aient la même vie qu'elle. Elle voulait qu'elles soient libres et autonomes. Et pourquoi pas ? les égales des hommes.

Elle venait de lire "La Vagabonde" de Colette.

Elle leur acheta et leur offrit "Claudine à l'école".

C'était un bon début.

 


 


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