le blog'notes

 

le Blog'notes de Charlot du 13

 

les laskar

 

Charlot du 13

 

L'ouverture de ce blog-notes
Mes aventures avec l'administration
Mes aventures avec la maladie
Pages éparses de ma mémoire
Moi, sexygénaire
Mes amours, mes emmerdes
Atelier d'écriture
A Nadia et les autres
Kouakou
La cabane
Le voyage de noces
Petits poèmes
Les petits bonheurs
Babou le petit éléphanteau
L'ogre à l'éclair
Le Calabrais
70 ans - les Acacias
70 ans - la Salsa
La princesse Anthracite
Femmes qui lisent sont dangereuses
Femmes qui lisent... en vers...
La Bar Mitzvah
La menace
Dans l'urgence
L'oiseau bleu
Chagall
La Grande Odeur
Dans l'odeur de chèvrefeuille
L'homme qui donnait trop
Le train
Baiser volé
Haïkus d'Automne
Ma mer
La terre est noire
Sapho
C'est si bon
Diverses élucubrations
L'ancien testament
Les Evangiles au XXIème siècle
Vos commentaires
 
Hommage à Jo-Vy
 
Hommage au vrai Charlot
 
Mais oui, vous êtes sur un site des
LASKAR & CO
La princesse Anthracite

 

Il était une fois il y a très très longtemps et très très loin de chez nous, un royaume qui était tout gris. Non, ne croyez pas que tout y était d’un même gris uniforme. Il y avait cinquante nuances de gris... Par exemple, le ciel était gris perle, la mer gris tourterelle. Le roi était Gris-Taupe. Il s’appelait Le Roi Taupe. La reine était Gris-Ardoise. Elle s’appelait la reine Ardoise. Leur fille, qu’ils chérissaient plus que tout au monde était de couleur Gris Anthracite. C’était la Belle, la Magnifique Princesse Anthracite.

Le royaume était très riche car on y cultivait toutes sortes de fruits et de légumes qui, comme par enchantement, étaient tous gris. Des tomates grises, des poivrons gris, même les oranges étaient grises. Mais d’un gris, comment dire, un gris-orange. A mi chemin entre le gris acier et le gris souris. Le peuple mangeait à sa fin tout son saoul de fruits et de légumes gris. Ce qui était excellent pour la santé. Ils buvaient aussi du vin, du pinot Gris, mais avec modération. Bref, c’était un royaume heureux.

Heureux ? Oui, mais... Car il y avait un mais. La princesse Anthracite ressentait comme un manque dans sa vie, un manque dans son cœur. « Il est temps de marier notre petite Anthracite » se disaient ses parents, le Roi et la Reine. « La marier, oui mais... » Car il y avait un autre mais. Avec qui ? Il n’y avait pas d’autre royaume à la ronde. Le royaume des Gris, car il portait ce nom-là, était tout isolé. Il n’en avait pas toujours été ainsi, parait-il.

On racontait qu’autrefois, il y a très très longtemps, le royaume était le centre du monde. Tous les artistes, musiciens, écrivains, poètes, philosophes et autres venaient à la cour du roi Jaune Citron et de la Reine Rose Fushia. C’était un grand centre culturel, un havre de paix et de tolérance. Ce qui ne faisait pas le bonheur des royaumes alentours. Ceux-ci déclarèrent la guerre au Royaume des Couleurs - c’est ainsi qu’il s’appelait à l’époque, à cette époque qu’on appela par la suite « la belle époque ». Ils déclarèrent donc la guerre au Royaume des Couleurs et le vainquirent facilement, car il n’y avait pas d’armée dans le Royaume des Couleurs. Pas d’armée, pas de soldats, pas d’armes, pas de bombes, pas de fusils, rien.

Ce qui était tout à son honneur. Mais a-t-on encore de l’honneur quand on est vaincus ? Le roi Charbon, le grand vainqueur et chef de la coalition des Noirs Royaumes, alla voir sa femme la Reine Aile de Corbeau. Celle-ci était une grande magicienne. Pas une magicienne gentille comme les fées, non. C’était une magicienne méchante. C’était véritablement une sorcière.

Abracadabra ! Abracadajambe ! Fit elle. Et le Royaume des Couleurs devint tout gris. Abracadabra ! Abracadapied ! Fit elle. Et le Royaume des Couleurs partit de l’autre coté de l’univers. Tout seul, loin de tout, près de rien.

Et c’est là que naquit plus tard la Princesse Anthracite, car tout cela se passait avant sa naissance. Elle n’avait jamais connu les couleurs. Pour elle, le monde était gris. Bien sûr, on lui racontait souvent les choses de « La Belle Epoque ». Tous les petits vieux, toutes les petites vieilles du Royaume se rappelaient très bien cette Belle Epoque. Ils pouvaient encore décrire toutes les nuances de rouge, toutes les nuances de bleu, toutes les nuances de toutes les couleurs. Mais Anthracite n’arrivait tout simplement pas à se les imaginer. Comment voulez-vous imaginer une couleur quand vous ne l’avez jamais vue ? Comment voulez-vous imaginer toutes les couleurs quand vous n’en avez jamais vue aucune ?

C’est pour cela que la Princesse Anthracite était triste. Pas parce qu’elle voulait se marier. Oh ! Mais ça aussi, peut-être, pourquoi pas ? Mais elle en avait assez de ces gris. Alors, elle rêvait... Elle rêvait d’un Prince qui l’amènerait dans un royaume bleu. ou vert. ou jaune. ou orange. ou violet. Ou enfin, tout sauf ce gris qu’elle détestait. Vraiment. Tous ces gris, Gris Acier, Ardoise, Argent, Argile, Bis, Bistre, Bitume, Céladon, Châtaigne, Etain oxydé, Etain pur, Fumée, Grège, Gris de Payne, Gris fer, Mastic, Perle, Pinchard, Plomb, Souris, Taupe, Tourdille, Tourterelle. Elle les connaissait tous, et par ordre alphabétique, encore. Elle pouvait aussi les réciter du plus clair au plus foncé ou l’inverse. Marre ! Elle en avait marre de ces gris ! Elle voulait de la couleur.

Tous les matins, après sa douche et habillée de frais dans une belle robe grise, elle rêvassait. Elle regardait son jardin, son beau jardin plein de fleurs, des fleurs de toutes les nuances de gris. Elle l’imaginait plein de toutes les couleurs. Comment ce serait ? Elle n’en savait rien. En face de sa fenêtre, pourtant au troisième étage du château royal, il y avait un magnifique cyprès qui arrivait même plus haut encore que sa fenêtre.

Un matin, un énorme oiseau vint se percher sur une branche, là, juste en face d’elle. On aurait dit qu’il n’avait pas peur. C’était un grand oiseau. Vraiment grand. Elle avait vu sa photo dans un livre d’oiseaux. C’était un ara. Tout gris. Mais joli quand même. Il n’avait pas peur. Il se faisait la toilette, picotant ses plumes de son long bec. Et voilà qu’un miracle se produisit sous les yeux émerveillés de la Princesse Anthracite. A mesure que le bec caressait des plumes, celles ci se coloriaient. Les ailes devenaient d’une belle couleur. Le cou d’une autre. Le ventre encore d’une autre. La queue d’une autre encore. Oh ! Elle n’en croyait pas ses yeux !

Et quand il fut toutes couleurs resplendissantes, il voleta près de la fenêtre et s’envola. Elle resta médusé. Que dire ? Que faire ? Elle ne pouvait pas en parler, car elle n’avait pas les mots pour le dire. Car elle avait bien vu que l’oiseau se coloriait. Elle avait bien vu qu’il avait des couleurs différentes au cou, au ventre, aux ailes et à la queue. Mais lesquelles ? Elle n’en savait rien. Mais nous, nous qui connaissons les couleurs, nous savons que les ailes devenaient bleues, le cou orange, le ventre jaune et la queue rouge. Il était vraiment splendide.

Comme elle restait ébahie devant tant de beauté, elle décida de ne rien dire à personne, de peur de faire fuir l’enchantement. Elle allait attendre le lendemain matin, pour voir si l’oiseau magique allait revenir. Je ne vous cache pas que la journée fut longue. Longue à en mourir. La nuit aussi. Elle dormit peu. Elle rêvait. Et pour la première fois de sa vie, elle ne rêva pas en gris. Elle rêva en couleurs.

Le lendemain matin, sitôt lavée et revêtue d’une belle robe gris argent, elle attendit à la fenêtre. Et l’oiseau vint tout de suite. On aurait dit qu’il l’avait attendu. Il revenait tout coloré. Et un son sortit de sa gorge. Il parlait ! Il parlait sans rien dire ! Avec une voix rauque et désagréable. Que c’était laid ! Que c’était vilain ! A ce moment, l’ara siffla d’un sifflet strident à s’en écorcher les oreilles. Alors, une multitude d’oiseaux vint le rejoindre sur le cyprès. L’ara toucha le ciel de son aile bleue, et voici : le ciel devint bleu. Un canari toucha le soleil. Celui-ci devint d’or. Un passereau d’un vert profond caressa le cyprès. Vous devinez la couleur qu’il prit. Des serins et des rouges gorges survolèrent un champ de blé. Les blés devinrent dorés, parsemés de coquelicots rouge vermillon. Et tout, le paysage, le château, toute la vie se coloria de couleurs merveilleuses.

Le bel ara, toujours continuant à jacasser de sa voix rauque et laide, vint se poser sur le bras d’Anthracite. Immédiatement, toute sa peau devint d’un rose tendre. Il toucha sa robe. Ce fut d’une robe couleur de l’arc en ciel qu’elle était maintenant vêtue. Il était toujours posé sur son bras. Elle le fit délicatement monter sur sa main droite et approcha l’oiseau de ses lèvres. Elle ne savait comment le remercier de tant de beauté.

Elle l’approcha de ses lèvres et lui donna un petit baiser sur son bec. Aussitôt, l’oiseau sauta de sa main, il se posa sur le sol de la chambre et devint un magnifique Prince Charmant. Car charmant, il l’était assurément. D’une belle figure rose, des cheveux de geai, un habit élégant, chemise jaune, manches bleues, pantalon orange. Il était habillé comme un véritable Arlequin. Comme il était drôle !

Elle descendit voir ses parents et leur présenta son Prince Charmant haut en couleurs. Tous se plurent et on procéda à leurs noces immédiatement, car le prêtre était disponible. Mais le bonheur de la Princesse fut de courte durée car le Prince avait gardé sa voix rauque et laide. Il ne faisait que répéter ce qu’il entendait. « Ma parole, tu répètes tout ce que je dis ! » « Ma parole, je répète tout ce que tu dis ». « Ma parole, tu es un perroquet ! » « Ma parole, je suis un perroquet ». Car Ara, il était et Ara, il restait. Mais, bon. On ne peut contenter les yeux et les oreilles...

Mais voilà qu'en plus, pour tout gâcher, il s’avéra qu’il était un peu... volage !

Alors, petit à petit, le monde devint gris pour Anthracite. Elle regrettait presque le temps où elle rêvait d’un Prince Charmant. Le monde devint tout gris pour Anthracite.

Car la couleur est dans les yeux de celui qui regarde.

 


 


Parse error: syntax error, unexpected ',' in /home/clients/4c8e9f293113794b8f58b65ba6fba00c/web/charlotdu13/Htm5Playlist/vu/Player.php on line 36