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le Blog'notes de Charlot du 13

 

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Je me suis retourné quand j’ai entendu le train. Mais ! Mais quoi ? Comme c’est bizarre ! Je suis dans une gare ! Mais comment suis-je arrivé là ? Mais que se passe-t-il ? Des bribes éparses me reviennent. Il y a quelques… quelques minutes ? quelques heures ? quelques jours ? j’étais sur une civière en route d’urgence vers le bloc. J’avais très mal. Une douleur atroce à la poitrine. Comme si on me pinçait le cœur avec de grosses tenailles noires. J’avais envie de hurler mais je m’étouffais sous le masque d’oxygène. Au bloc, on m’endormit tout de suite et me voilà maintenant. Quelques minutes ? quelques heures ? quelques jours après dans une gare. Enfin, une gare, je crois, car j’entends un train, mais je ne vois de rails nulle part. Comme c’est bizarre !

En tout cas, je n’ai mal nulle part. Un miracle ! Je me sens bien. Je me sens rajeuni. Mais oui ! J’ai perdu mon ventre qui avait poussé à la soixantaine. J’ai retrouvé mes cheveux d’il y a quarante ans. Mais comment moi, à 87 ans bien sonnés, je peux me retrouver dans un si bon état ? Derrière moi, un hall avec de grands miroirs. J’y vais. Je veux voir à quoi je ressemble. Mais non. J’ai 87 ans, entièrement chauve, tout voûté et avec un gros ventre. Et pourtant je me sens jeune, chevelu, le ventre plat et bien droit. Alors ? Quelle est la vérité ? Où est la réalité ? Je suis jeune ou vieux ? Je me sens jeune. C’est le principal. Peu importe l’image que je donne de moi. Peu importe ce que les autres voient. Quand je dis que je me sens jeune, c’est inexact. Je me sens à la fois jeune et vieux, vieillard et enfant, nourrisson et homme mûr, adolescent et grand-père. Je me sens moi. Moi. C’est tout.

Sur le quai où je suis revenu, je ne suis pas seul. Loin de là. Une petite foule de gens m’entoure. Tous ont entendu le train et vont le prendre. Moi aussi, je sais que je vais le prendre. Comme c’est bizarre ! Personne n’a de bagage. Personne n’est accompagné. Chacun est seul sur ce quai. Chacun sera seul dans ce train. C’est un train qu’on prend seul. Je le sais. Je ne sais pas d’où je le sais, mais je le sais. La foule est bigarrée. Beaucoup de personnes âgées, mais des jeunes aussi. Des hommes, des femmes, quelques enfants. J’ai l’impression que personne n’en sait plus que moi. Où va-t-on ? D’où vient ce train et où va-t-il ?

A cet instant, il arrive. Comme c’est bizarre. Un train sans roues. Sur coussin d’air. Il ne touche pas terre. Il ralentit. Il s’arrête. Les portières s’ouvrent. Plusieurs personnes en descendent. Elles sont toutes habillées de noir. Elles se dirigent vers les gens sur le quai, les prennent par la main et les font monter dans un wagon. A côté de moi, un nourrisson dort dans un couffin. Une femme en noir s’en approche et le prend dans ses bras. Avec une douceur… avec une tendresse… Le bébé ne s’éveille pas mais dans son sommeil, il sourit.

Devant moi, la portière s’ouvre enfin. Une femme ? Non, une déesse ! Je n’ai de ma vie pas vu de femme comme ça et pourtant j’en ai vues ! A 87 ans, pensez ! Mais là ! Je reste ébahi. Comment peut-on être aussi belle ? Elle porte un voile noir qui ne cache rien de sa nudité. Et pourtant, je sens qu’elle est pudique. Elle s’approche. Elle est là. De sa main gauche elle prend ma main droite et la pose sur sa poitrine, sur son cœur. Je sens son sein dans ma paume. Je sens un désir fou qui monte en moi. Oh ! ça fait bien 20 ans que je n’ai pas ressenti de désir. Mais un désir comme ça, je crois que je ne l’ai jamais ressenti. C’est un coup de tonnerre dans ma tête. Un coup de foudre. Cette femme, je l’aime comme je n’ai jamais aimé aucune femme. Et pourtant j’en ai aimées, des femmes. A 87 ans, pensez ! Mais celle-là, je la suivrais n’importe où. Jusqu’au bout du monde. Sans un mot, elle prend ma main de sur son sein et m’entraîne dans le wagon. Je m’assois à sa demande près de la vitre. Elle s’assied à côté de moi, et sitôt le train s’ébranle. Non, ce n’est pas le bon mot. Le train ne s’ébranle pas. Il roule déjà, mais je ne sens rien, je n’entends rien. Sur un coussin d’air !

La dame en noir –je ne sais pas comment l’appeler- me fait signe de regarder par la fenêtre. Peuh ! Tout est noir. Tiens, il fait déjà jour. Tiens, des images défilent en guise de paysage. Tiens, des visages connus. Mais Oh ! C’est ma mère ! Mais Oh ! c’est mon père ! Ils se penchent vers moi. Ils sont jeunes comme sur les photos de quand j’étais bébé. Mais Oh ! j’ai 7 ans ! ma sœur vient d’arriver, bébé tout neuf qu’on n’a pas le droit d’aller voir, mon frère et moi, car on a la varicelle. Mais Oh ! j’ai 14 ans ! je me dispute dans la cour du lycée. Ben moi, quand on me dit « sale juif », je frappe. Résultat 4 heures de colle chacun. Mais je lui en ai mis une ! Mais Oh ! j’ai 17 ans ! C’est Danielle ! C’est mon premier baiser ! Mais oui, je vois Danielle ! Elle ferme les yeux, elle me tend les lèvres, je vais les prendre, on n’est pas sérieux quand on a 17… Mais Oh ! j’ai 20 ans, je suis à l’armée. On fait une marche forcée. 100 kms en 3 jours. Et devinez ! L’arrivée se fait le 17 mars. Le jour de mon anniversaire de 20 ans. L’horreur ! Mais Oh ! j’ai 26 ans ! j’ai un enfant ! J’ai envie de crier dans la rue « je suis papa ! » Mais Oh ! j'ai 33 ans, c'est le divorce ! Je ne vois pas mes enfants pendant 6 mois. Non, c’est trop dur ! Je n’en peux plus. On m’avait dit qu’on voyait sa vie défiler, mais tant que ça ne vous arrive pas à vous, vous ne pouvez pas imaginer. Ca va tellement vite, et pourtant on a l’impression de tout revivre dans le détail.

Je me retourne vers ma compagne. Elle me fait signe de regarder encore. Je n’ai plus envie de voir ma vie défiler. Mais non. C’est fini. Je vois des nuages. Un ciel bleu et pur. On vole ! Le train n’est pas sur un coussin d’air. Il vole carrément. On est au-dessus des nuages. Oh ! Il ralentit. Oh ! Il s’arrête... Le train s’est arrêté sur un gros nuage rose et blanc. Les portières s’ouvrent. Nous sortons. Les portières se ferment derrière nous. Le train repart tout doucement, sans un bruit. Ma compagne -je ne sais pas si elle a un nom mais je sais qui c’est maintenant- ma compagne fait tomber son voile noir d’un coup de rein. Mais qu’elle est belle ! Comment peut-on être si belle ! Elle m’invite à en faire autant. Ben oui. J’enlève mes chaussures d’abord. Comme c’est doux, un nuage quand on est pieds nus… Je me déshabille. Je suis entièrement nu mais je suis bien. Je n’ai ni froid ni trop chaud. Je n’ai ni faim ni soif et surtout, je n’ai mal nulle part. Ca, j’avais oublié comment c’était ! Je ne me sens pas du tout fatigué. Je marcherais jusqu’à l’infini… Oh ! mais c’est justement là que l’on va.

Ma compagne !
Ma vie ! Ma mort !
Ma vie et ma mort !
Ma mort et ma vie !
Mon espace et mon temps !
Mon corps et mon esprit !
Ma moitié ! Mon double féminin !
Mon idéal ! Ma pensée !
Mon cœur ! Mon âme !
Oui ! elle est mon âme !
Ca y est ! Je connais son nom : Neshama.
Neshama, mon âme !

Neshama, mon âme, m’a pris par la main et nous avons marché côte à côte sur les nuages. Je me suis retourné une dernière fois et je me suis efforcé de regarder le train disparaître à l’horizon et j’ai marché sur les nuages comme sur une herbe tendre.

 

 


 


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