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le Blog'notes de Charlot du 13

 

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Charlot du 13

 

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Mémoire de récits

 

Après des récits de ma mémoire, voici des mémoires de récits. des mémoires de récits de la mémoire de mon père. Récits de mon père qui a vécu des choses dont il se serait bien passé, ce sont 6 ans de guerre 39-45... mais dont le souvenir le hantait et qu'il nous racontait, à nous, ses enfants puis à eux, ses petits-enfants.

Faites bouchon !

LASKAR, Scandinave ?

Les Juifs, sortez des rangs !

Un train de la Shoah

A table avec les paysans

Bois ce whisky !

 

 

 

 

 

Faites bouchon !

Nord-Est de la France 1940

Les troupes allemandes ont attaqué. En quelques jours, elles sont arrivées à l'endroit où le régiment de mon père les attendait de pied ferme. De pied tellement ferme que, devant le déferlement des chars et des soldats allemands, l'ordre vient tout de suite de se replier :

Section xxx, faites bouchon !

C'est la section de mon père. Comme par hasard, c'est la section des indigènes (si vous n'avez pas vu le film, cherchez le !!!) juifs et arabes d'Afrique du Nord. C'est elle qui va essayer de retenir les Allemands le plus longtemps possible pendant que les autres vont prendre la fuite. C'est ça, faire bouchon ! Couvre moi, je me barre ! Mais problème : il n'y a que la moitié de la section ! une bonne moitié a préféré fuir avec les autres !

- Azoulay ! Qu'est ce que tu fais ? tu dois rester ! on doit faire bouchon !

- Laskar, tu es fou ? Viens avec nous ! Tu vas te faire faire prisonnier, c'est tout ce que tu vas gagner ! Allez, ne fais pas l'idiot, viens !

- Non, je dois faire bouchon, je fais bouchon !

Azoulay est rentré en Algérie quelques jours après.
Laskar a été fait prisonnier pendant 5 ans en Allemagne.

 

Le destin …

 

Azoulay a été enrôlé dans l'Armée d'Afrique en 1942 après le débarquement américain. Il est mort en 1944 à Monte Cassino.

Laskar est revenu à Alger en 1945. Il a vécu jusqu'en 2002.

 

Le destin …

 

 

 

 

 

LASKAR, Scandinave ?

Immédiatement après être fait prisonnier, mon père s'est retrouvé dans une longue file d'attente où les soldats devaient se faire recenser. Prénom, nom, grade, régiment. Les Allemands recherchaient déjà les Juifs qui étaient alors mis à l'écart et ne faisaient plus partie des prisonniers de guerre. Ils allaient être déportés, mais cela, ils ne le savaient pas. Mais bon. Ils n'étaient pas idiots quand même et avaient entendu parler de ce que les Nazis faisaient aux Juifs. On ne parlait pas encore de camps de la mort. En 1940, ils n'existaient pas. Mais des camps spéciaux avaient été ouverts. Ils allaient devenir des camps de concentration. Mais même s'ils ne savaient pas exactement ce qui attendait les Juifs, Les Français n'étaient pas idiots : ils ne fallait pas se faire passer pour Juif...

Une longue table. Plusieurs soldats attablés. Ils écrivent sur des registres les noms des soldats prisonniers. Les Français sont en rang. Ils attendent qu'un soldat les appelle. C'est bientôt le tour de mon père :

- Nom ? demanda le soldat. Un type assez jeune, dans un français bien bien teinté d'accent allemand.

- Laskar !

- Epelez !

- L-A-S-K-A-R

- Laskar ? Avec un K ?

- Ya

- Scandinaff ?

- Ya !


Mon père, plus brun que lui, tu pouvais pas !
et un nez … un vrai nez de Juif ! Mais bon, un jeune soldat qui n'avait jamais vu de Juif, ou qui s'en foutait, ou qui était complice... Allez savoir !

Il l'a pris pour un scandinave grâce au K de son nom.
Ca lui a sauvé la vie…

Il n'a pas eu de numéro tatoué sur le bras. Il n'a pas été envoyé en camp de concentration.
Il a été envoyé en stalag. Il a eu deux lettres sur ses vêtements : KG.
Kriegsgefangener - Prisonnier de guerre
KG avec un K
Comme dans "LASKAR"


Le destin …

 

 

 

 

 

Les Juifs, sortez des rangs !

Arrivée au stalag VIIIC de Sagan en Basse-Silésie, région de Pologne annexée (en même temps que tout le pays) par Hitler en septembre 1939. Fin juin 1940, ils sont aux environ de 40.000.

Tous les matins, il y a l'appel, avant de partir au travail, organisés en commandos. C'est long, très long comme tous les appels de prisonniers. Debout en rang dans la cour, ils attendent. C'est encore plus long quand il y a eu une évasion dans la nuit.

Et tous les matins, la phrase rituelle : Les Juifs, sortez des rangs !

Au bout de plusieurs mois, il n'en peut plus. Il en a marre de se cacher. Marre de rester pri- sonnier là. Il dit à son copain Roger : "j'en ai marre ! je vais finir par le faire, ce pas en avant !" Et Roger : Si tu bouges, je te casse la figure ! On saura pas pourquoi tu es sorti du rang!"

Et ce fut fait ! Un jour, Laskar en a eu marre, il a esquissé un pas en avant. A ce moment là, un formidable coup de poing l'a fait tomber tout du long. Une bagarre s'ensuivit. Roger avait tenu parole. Ils furent punis les 2 à quelques jours de cachot.

Roger lui a sauvé la vie !

Merci à toi Roger !

 

D'ailleurs, tu viens de le rejoindre...

 

 

 

 

 

Un train de la Shoah

Dans les divers commandos de travail dont il a fait partie, il y eut cette usine d'armement, dont il nous racontait, en rigolant encore, les petits ennuis que la chaine de fabrication avait. Il y avait toujours quelque chose qui n'allait pas, toujours quelque chose de travers, au point que les Allemands en vinrent à prononcer le mot de sabotage. Sabotage ? Oh non ! on essaie de bien faire, mais regardez ce boulon qui est allé se fiche tout seul dans l'engrenage. Plus rien qui tourne maintenant...

Et en racontant ça, des années après, il en riait encore !

 

Mais ce qu'il racontait avec beaucoup d'émotion, c'est un jour où ils travaillaient à l'extérieur, près de la voie ferrée, ils virent s'arrêter un train. Un train de bestiaux, mais plombé. A l'intérieur, des voix ; des lucarnes, des mains et des bras. Malgré les ordres des Allemands, les prisonniers s'approchent ; quelques uns jettent du pain à travers les lucarnes aux malheureux.

Puis de dedans le wagon une voix cria : "Shéma Israel !"

Schéma Israel sont les premiers mots du "crédo" juif. "Shéma Israel, Adonaï élohénou, Adonaï Eh'ad !" "Ecoute Israel, Adonaï est notre Seigneur, Adonaï est Un !"

et mon père cria "Shéma Israel !"

Et en racontant ça, des années après, il avait toujours les yeux humides...

 

 

 

 

 

A la table des paysans

Heureusement, il n'y a pas eu que des moments très difficiles ; il y eut un long séjour dans une ferme, comme garçon de ferme. Les prisonniers étaient prêtés aux paysans pour pallier l'absence des jeunes partis au front.

Ainsi mon père s'est retrouvé comme paysan dans une famille dont le fils était dans la Wehrmacht. Saigner le cochon, traire les vaches, labourer les champs, tout ça était magnifiquement compensé par une nourriture somptueuse comparée à celle du camp. Les paysans, lui trop agé pour être engagé, elle en manque de son fils, considéraient mon père comme leur propre enfant. Au point qu'il mangeait à leur table.

Sauf quand le fils rentrait en permission. Là, il fallait reprendre ses distances. Il mangeait alors à une petite table à part et n'avait pas les mêmes menus que les maitres. Le paysan s'en excusait: "Tu sais, il faut faire attention. C'est interdit d'avoir un prisonnier à notre table. Je ne veux pas que mon fils me dénonce. Il y a tellement d'enfants qui dénoncent leurs parents. Le mien, il a été dans les jeunesses hitlériennes, alors, je fais attention à ce que je dis..."

Et mon père, bien que sûrement il comprenait, se vexait comme un gosse. Et quand le fils repartait au front, il ne voulait pas répondre à l'invitation de revenir à table. "Non, disait-il, je reste à ma place !!!"

Je ne sais pas si c'est l'influence de toute cette charcuterie, mais il avait un vrai caractère de cochon !

 

 

 

 

 

 

 

Bois ce whisky !

1945. La guerre a tourné. La victoire a changé de camp. Elle n'est plus qu'une question de jours. Les Armées alliées vont bientôt se rejoindre. C'est la course entre les Américains qui arrivent de l'Ouest et les Russes qui arrivent de l'Est. Les soldats allemands ont peur. Ils savent que la défaite est très proche, et ils ne veulent pas tomber entre les mains de Russes. Ils ont entendu trop d'histoires sur les atrocités que ceux-ci font subir aux prisonniers allemands, même simples soldats de la Wehrmacht. Un jour, ils regroupent tout le camp, et en avant pour une marche forcée. Une marche à un rythme très soutenu, car les prisonniers sont tout à fait d'accord, ils veulent eux aussi être libérés par les Américains, pas par les Russes. Donc, tout le monde est d'accord pour marcher le plus vite possible.

Ils traversent une grosse partie de l'Allemagne, marchant le jour, dormant sur les bas-côtés de la route la nuit. Et un matin : plus de gardes ! plus d'Allemands pour les surveiller, les garder, ils ont pris la fuite, voulant aller plus vite seuls. Les prisonniers reprennent leur marche et sont bientôt accueillis pas des GI's américains qui les fêtent, leur distribuent des vivres, du chocolat et des cigarettes.

Un grand Soldat noir s'approche de mon père, une bouteille de Whisky à la main et lui dit : "Drink !". Mon père refuse. Une gorgée de whisky dans le ventre vide, il n'a pas vraiment envie... Le soldat s'énerve. Il se vexe ! "Drink !" Mon père refuse encore. Alors le Noir sort son révolver, le met sur la tempe de mon père : "Drink !" Que voulez-vous qu'il fasse ? Il boit. Le soldat, content, s'en va régaler de sa bouteille d'autres soldats. Mon père s'éclipse.

Après 5 ans de captivité, il était libéré !

 

 

 

 

 

 

 

 

Bon.

Voila.

Je voulais vous les raconter à vous aussi...

et peut-être que c'est bien que ce soit écrit quelque part...

 

Le Richelieu, 1945
le bateau du retour

 

 

 


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