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Evangile selon Matthieu

 

Arrivé à environ 30 kilomètres au nord de Beer-Sheva, Philippe distingua une petite hutte un peu de guingois. Enfin, c’était plutôt une construction sommaire, entre la cabane et la cahute, un peu comme les constructions de bric et de broc des bidonvilles.

Ce doit être lui, se dit-il. Lui, c’était Matthieu. Son frère. Il n’avait jamais été doué de ses mains, le pauvre. Ni de sa tête, ni de quoi que ce soit, d’ailleurs. Bon. Mais Philippe, l’aîné des garçons, avait promis à leurs parents, juste avant leur mort, de veiller sur son frère. Alors, il allait le voir. Voir comment il allait. Enfin, comment il s’en sortait.

Matthieu avait été un garçon gentil et intelligent, mais, comme on dit, un peu fêlé… Petit, il avait vite appris à lire et à écrire, mais rapidement, il remplissait des pages de gribouillis sans queue ni tête. de suites de mots qui n’avaient pas de sens. Ca faisait peur ! « C’est de l’écriture automatique » disait-il. Et comme on lui demandait ce que ça voulait dire, écriture automatique, il vous regardait d’un air entendu et répondait « dada ». « dada ! » N’importe quoi !

Après le deuil des parents, il y avait quelques mois, Matthieu était parti.
- Je vais au désert
- Hein ? quoi ?
- Je vais au désert. Je vais vivre au désert.
- Qu’est-ce que tu racontes ? Quel désert ? Qu’est-ce que tu vas y faire ?
- Je vais dans le Négev. Je vais garder le désert. je vais à la porte du Negev. Je vais garder le Negev. Mishmar hanegev, je vais créer « Mishmar hanegev »
- Ha. Bon.

Déjà, c’était le négev, pas le Sinaï. Pas un désert de sable, juste quelques pierres. Pas beaucoup d’eau, mais on pouvait survivre. Et puis « à la porte du Negev », ça voulait dire au bord du désert. Courageux mais pas téméraire, le frérot. Il ferait mieux d’accepter, Philippe, et d’encourager Matthieu, car qui sait quelle décision il aurait pu prendre sinon…

Et Matthieu s’en été allé. Un baluchon sur un bâton. Ma parole, il s’y croyait. Philippe avait été certain qu’il le reverrait trois ou quatre jours après. Mais non. Matthieu avait tenu bon. Il était resté dans son désert. Il avait donc même construit une cabane. Philippe fit le tour de la cabane. Une porte, enfin une ouverture recouverte d’une sorte de tissus qui se voulait rideau était ouverte côté est. « Pas idiot » se dit Matthieu. L’ouverture côté est. Le soleil levant. Moins chaud que le soleil couchant.

Il écarta légèrement le rideau et passa la tête. Personne. Un petit tas de vêtements dans un coin. Dans le coin opposé, une cruche, un gobelet et une sorte de marmite. Le tout bien propre, bien rangé. Philippe se tranquillisait. Matthieu avait l’air de s’en sortir. Pas de vivre dans le luxe, ah ça non ! Mais de survivre, oui.

Sur le grand côté de la cabane, enfin le moins petit des côtés, il y avait une sorte de grabat fait de paille recouvert d’une couverture. Et dessus, des tas et des tas de feuillets. Certains vierges, mais la plupart remplis d’une petite écriture à peu près illisible. Les lignes d’écriture n’étaient pas droites. Bon, ça, c’est normal. Il n’avait pas tracé de lignes de soutien. Mais quand même ! Non seulement, elles n’étaient pas droites, mais ça partait dans tous les sens.

Il y en avait qui étaient même assez jolis. Enfin, dans leur genre. Philippe prit quelques feuilles. Essaya de déchiffrer la première d’entre elles. Impossible. Il essaya une autre, puis une autre, enfin encore une autre. Celle-là n’était pas trop déformée. Il sortit, quelques feuilles en main, et en plein soleil, essaya de deviner plus que de lire.

Il lut « évangile selon Matthieu ».Il ne savait pas ce que ça voulait dire. Enfin, « selon Matthieu » oui, c’était le nom de son frère. Mais « évangile » ? Qu’est-ce que c’était ? Lui, Philippe, savait juste lire et écrire. Il était forgeron. Un homme de fer, pas de lettres…

 

Sur un autre feuillet, il arriva à distinguer la même chose : « évangile selon Matthieu ». Celle-ci était écrite en ocre. Mais c’était le même texte.
Puis il comprit : C’était partout le même texte écrit avec des dessins différents, des encres différentes, des formes différentes, des couleurs différentes !
Ma parole, Matthieu s’était mis à la calligraphie ! Il retourna dans la cahute et reposa les feuillets à leur place. A côté, il y avait d’autres feuilles, plus petites et écrites plus droites. Enfin, avec des lignes un peu tordues, mais pas de dessins comme les autres.

Là, c’était à peu près lisible. Il prit la première feuille :

1 Généalogie de Jésus Christ, fils de David, fils d'Abraham.
2 Abraham engendra Isaac ; Isaac engendra Jacob ; Jacob engendra Juda et ses frères ;
3 Juda engendra de Thamar Pharès et Zara ; Pharès engendra Esrom ; Esrom engendra Aram ;

C’était qui, ce Jésus Christ ? Il sauta quelques feuilles, qui continuaient cette généalogie fantaisiste :

17 Il y a donc en tout quatorze générations depuis Abraham jusqu'à David, quatorze générations depuis David jusqu'à la déportation à Babylone, et quatorze générations depuis la déportation à Babylone jusqu'au Christ.
18 Voici de quelle manière arriva la naissance de Jésus Christ. Marie, sa mère, ayant été fiancée à Joseph, se trouva enceinte, par la vertu du Saint Esprit, avant qu'ils eussent habité ensemble.

Aïe ! un Saint Esprit ! Il ne connaissait que trop cette expression ! C’était celle que son père avait prononcé, avant de tuer sa femme, leur mère. « Alors, c’est quoi, cet enfant ? Tu es enceinte de qui, espèce de putain ? Du Saint Esprit ? »

Ces paroles fatales, il les entendait encore. Il les rêvait encore pratiquement chaque nuit. « Alors, c’est quoi, cet enfant ? Tu es enceinte de qui, espèce de putain ? Du Saint Esprit ? » Et leur père enfonçait un couteau dans la gorge de leur mère. Trois jours après, il était condamné et exécuté. Les enfants se retrouvaient orphelins. Orphelins et traumatisés. Ils avaient tous assisté à la scène. Philippe continua à lire :

19 Joseph, son époux, qui était un homme de bien et qui ne voulait pas la diffamer, se proposa de rompre secrètement avec elle.
20 Comme il y pensait, voici, un ange du Seigneur lui apparut en songe, et dit : Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ta femme, car l'enfant qu'elle a conçu vient du Saint Esprit ;
21 elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus ; c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés.

Ma parole ! On dirait que Matthieu essayait de réécrire l’histoire ! Le père était sympa et essayait de rompre sans la diffamer. Oui, mais eux, les personnages du roman de Matthieu, n’avaient pas encore d’enfants.

22 Tout cela arriva afin que s'accomplît ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète :
23 Voici, la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils, et on lui donnera le nom d'Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous.

Oui, ma parole : Matthieu réécrivait l’histoire de leur famille. Ca se passait bien ! Pas de meurtre : Pas d’exécution !

24 Joseph s'étant réveillé fit ce que l'ange du Seigneur lui avait ordonné, et il prit sa femme avec lui.
25 Mais il ne la connut point jusqu'à ce qu'elle eût enfanté un fils, auquel il donna le nom de Jésus.

En somme, Matthieu faisait une thérapie littéraire. Il exorcisait ses démons en s’inventant une fable. C’était bien. Philippe aurait aimé en faire autant. Mais il ne savait pas écrire comme son frère. Il rentra dans la cahute, remit les feuillets en place. Il ressortit et attendit un peu. Pas de Matthieu !

Bon. Il allait s’en aller. Il reviendrait une autre fois. Ce n’était pas si loin. Pour l’instant, il n’y avait rien à faire, sinon qu’à laisser Matthieu se soigner par l’écriture. De toute façon, ces écrits ne seraient jamais connus. De personne. Et si jamais, un jour, quelqu’un tombait sur ce texte, que se passerait-il ?

Voici, la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils, et on lui donnera le nom d'Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous.

Ben, rien. Sinon déclencher un fou rire à cette histoire absurde : « une vierge enceinte ! »

Un sourire aux coins des lèvres, Philippe se mit en route vers sa maison.

 

 


 


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